La lampe de Chevet

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 Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum

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Corynn
Prix Goncourt


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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Mer 4 Mai - 13:45

Wouah !!! Laughing Laughing Laughing

Merci mon gentil Breton ! I love you
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: ma première nouvelle   Ven 6 Mai - 16:14

bonjour à tous et à toutes !
Moi aussi, j'ai subitement envie de faire partager des écrits déjà publiés avec les membres de la Lampe de Chevet
Je copie un peu karamel.tendre qui livre des textes ( sublimes, soit dit en passant ) dans ce sens où elle aussi livre un à un les neuf textes d'elle publiés dans ' l'envol des mots '
là, je vous livre ma toute première nouvelle, qui est aussi la première nouvelle de mon premier livre, qui est donc un premier recueil ( sorti en été, l'année dernière )







[b]LE JOURNAL DE STANLEY SCARFEL




Ce que j’ai à raconter commence il y a cinq jours, le 10 septembre. Ce jour-là, je me suis réveillé à l’hôpital, ne me rappelant ni mon nom ni mon histoire. Une femme prétendant être ma mère murmurait mon prénom par intermittence :
“ Stanley ! Stanley !”
Je ne comprenais pas. Que faisais-je dans cet endroit lugubre ? Que m’était-il arrivé ? Impossible pour moi de trouver une réponse.
“ Stanley ! Stanley !”, me répétait inlassablement la femme blonde qui s’était assise au coin du lit.
Devais-je faire confiance à cette personne ? Je n’en étais pas sûr. Néanmoins, je lui posais une question banale, de façon à ne pas lui montrer mes craintes vis-à-vis d’elle.
“- Où suis-je ?, demandai-je.
- A l’hôpital, mon chéri, renchérit la dame que je ne connaissais pas. ”
Mais pourquoi étais-je à l’hôpital ? Avais-je eu un accident ? Ou était-ce pour une maladie ? Je n’avais mal nulle part et cela me paraissait insensé : quelle est la maladie qui fait perdre la mémoire ? C’était absurde : à mon avis, ce n’était pas une maladie mais plutôt un traumatisme, un choc, quelque chose arrivé subitement. Le problème était que ma mémoire était défaillante et que j’allais devoir écouter cette femme jusqu’au bout pour pouvoir commencer à mettre de l’ordre dans mes idées.
Ma prétendue mère me souriait. Allait-elle tout me révéler ? Une partie de moi le désirait fortement, quand, parallèlement, une autre y renonçait. Je pouvais parler ; c’était déjà un miracle. Je posai donc l’autre question qui me brûlait les lèvres :
“- Pourquoi suis-je ici ?
- C’est une longue histoire, Stan – Ses yeux se mirent à couler – Mais on va s’en sortir, mon chéri. Je te le promets !”
Je ne comprenais vraiment plus rien. Cette inconnue semblait me vouloir du bien. Mais il paraissait clair également qu’elle était en possession d’informations, de détails sur mon passé que je devais connaître au plus vite.
Quelque chose de grave s’était produit. On va s’en sortir, je te le promets. Mais que s’était-il passé ? Etais-je atteint d’une maladie grave ? Je l’ignorais.
La femme blonde se leva et s’apprêta à quitter la pièce. Elle prononça d’un ton rapide ‘ Je vais chercher un médecin ‘ et d’un pas svelte et élancé, elle passa la porte de la petite chambre. A ce moment-là, je me disais que si cette femme était bien ma mère, j’étais plutôt gâté par la nature. Mince, paraissant dix ans de moins que son âge, elle était encore très belle et surtout, ne semblait ne vouloir aucun mal à aucun être humain. Elle était sans aucun doute d’une gentillesse extrême … Néanmoins, elle cherchait à me cacher quelque chose …
Elle ne tarda pas à refranchir le seuil de la porte dans l’autre sens, avec à sa suite, un homme vêtu d’une blouse blanche. La porte s’étant ouverte complètement, elle laissait cette fois-ci entrevoir un policier assis sur une chaise devant la chambre.
Ma vue se mit à se brouiller. Un léger mal de tête se fit sentir. La femme était gentille : cela était clair. Mais qu’allait m’apprendre le médecin ? Et pourquoi y avait-il un policier aux abords de ma chambre ? Qu’avais-je fait de mal ?
Ma vision se fit plus claire … On va s’en sortir, je te le promets. J’étais accusé de quelque chose. Mais de quoi ?
J’aurais voulu parler à ma mère, puis au policier, et ensuite au médecin, voire au trois en même temps, mais je ne me sentais ni la force ni le courage de le faire ; en outre, je n’étais pas certain que mon état le permette. Je me fis donc une raison et laisser donc les gens venir à moi.
Ma ‘mère’ ne m’avait pas beaucoup appris, si ce n’est qu’elle m’aimait – en m’appelant mon chéri -, et en m’avertissant qu’il allait falloir se battre.
L’homme en blanc s’approchait désormais :
“- Comment allez-vous, jeune homme ? ”, fut sa première question, et je m’entendis répondre : ’ Bien. Merci ‘. Ce à quoi, il répondit : ‘ Evidemment, que tu vas bien, puisque tu n’as presque rien. Juste des pertes de mémoire sur plusieurs périodes de ta vie. Tu as fait une tentative de suicide aux médicaments, car tout le monde t’accuse du meurtre de Johanna Dufresq. Tu as eu un lavage d’estomac et tout s’est bien passé ; mais aujourd’hui, tu dois récupérer ta mémoire et nous donner ta version des faits de la soirée du 28 juin dernier, ton dernier jour de lycée.’
Je ne savais même pas – à l’heure où le docteur Duronc me parlait - que j’étais jeune et que je sortais de mes années lycée. J’en fus surpris, et l’espace d’une seconde, flatté. Mais la suite m’épouvanta : que signifiait donc cette histoire de suicide et de meurtre ? Qui était cette Johanna Dufresq ? Je me mis à frissonner.
Le docteur Duronc continua son monologue. Sans doute certain que j’étais totalement conscient, il répondait à toutes mes questions sans que je les lui pose :
“ Mon garçon ”, dit-il, “ Tant que vous êtes à l’hôpital, vous êtes entre de bonnes mains – votre mère est présente à vos côtés et l’équipe soignante peut vous aider en continuant à dire à la police que vous avez besoin de repos … Mais après, l’histoire se complique : il va vous falloir un grand travail sur vous pour parvenir à vous re-mémoriser tous les grands moments de votre vie et en particulier, les plus récents … Ensuite, il faudra vous battre … Vous comprenez ? ”
Malheureusement, je comprenais. La femme blonde ( alias ma mère ), à qui je n’avais même pas osé demandé le prénom, ne disait rien. Son visage exprimait l’inquiétude. Le médecin avait résumé la situation : je n’avais rien de grave pour le milieu médical ; en revanche, j’avais fait quelque chose de très grave pour le milieu judiciaire.
Un nouveau frisson me parcourut. Je me mis à plisser des yeux, à me frotter le front avec les mains, mais ma mémoire ne revînt toujours pas.
Ma mère prit la parole :
“ Stan, mon chéri, cette histoire dure depuis près de trois mois. Les parents de cette Johanna ont entamé une action en justice. Ils t’accusent de meurtre !! Pitié, que s’est-il passé à cette fête de fin d’année ? ”
Je ne pouvais pas répondre. Il était pourtant clair qu’il fallait faire quelque chose. Le médecin et la femme blonde proposèrent de quitter la pièce et je vis, de là où je me trouvais, le policier se lever. Celui-ci voulait certainement me poser des questions … Mais le docteur Duronc l’en empêcha. Deux minutes après, j’étais donc seul dans ma chambre aux murs d’une blancheur immaculée, à réfléchir sur les accusations portées contre moi.
Très vite, je me rendis compte que je ne savais pas mon âge. Je venais de finir mes années lycée. Avais-je l’intention d’aller à l’université ? Je devais avoir autour des dix-neuf ans. Mais était-ce vraiment le cas ? Avais-je redoublé des classes et étais-je donc plus agé ? Je n’en savais rien.
Ma question première était : qui suis-je ? Mon prénom était Stanley ; mais Stanley comment ? Aucune idée. J’avais envie de le demander à la femme blonde, mais elle ne revenait pas. Soudain, la porte s’ouvrit, laissant passer le policier que l’on n’avait pas autoriser à entrer dix minutes auparavant.
Ses premiers mots furent :
“ Bonjour, Monsieur Scarfel. Vous allez bien ? ”. Je ne pus que répondre un ‘ oui ‘ étouffé. Il continua : “ Votre mère et le médecin étant partis, je me permets de venir à vous pour vous poser quelques questions …”
J’avais enfin ma réponse … Je m’appelais Stanley Scarfel. Mais qu’avais-je fait dans le passé, autant cet été que les années précédentes. Cela m’inquiétait et je décidais de laisser le policier procéder à son interrogatoire.
“- Quel âge avez-vous, Monsieur Scarfel ?
- Je ne sais pas.
- Moi, je peux vous le dire. Vous avez eu 20 ans le mois dernier.
- Merci.
- Je suis l’inspecteur Le Bihan. Je travaille pour la criminelle. Et il y a eu meurtre sur la personne de Johanna Dufresq. Vous avez participé à la même fête qu’elle le jour de sa mort. On vous a vu parler avec elle et l’on se demande si vous ne seriez pas la dernière personne à l’avoir vu vivante. On se demande également si ce ne serait pas vous le meurtrier ; vous êtes le principal suspect.
- Oh, mon Dieu !
- Oui, vous pouvez le dire. J’ai beaucoup de questions à vous poser. Puis-je commencer ?
- Oui. Allez-y !!”
Je voulais savoir ce qui s’était passé. Je savais très bien que je ne pourrais répondre à aucune des questions de l’inspecteur mais je me disais que, peut-être, ces dites questions finiraient par orienter mes pensées sur le bon chemin et, qu’un jour prochain, je pourrais enfin me défendre de ce dont l’on voulait m’accuser.
J’étais encore à ces réflexions lorsque le médecin et ma mère refirent surface. Je n’avais même pas eu le temps de réfléchir à l’attitude du policier ; était-il de mon côté ? Il m’avait donné mon âge ; cela signifiait-il qu’il me croyait lorsqu’on lui disait que j’étais amnésique ? Faisait-il semblant ? Je n’eus pas le temps de me poser de nouvelles questions. Le docteur Duronc avait quelque chose à me proposer :
“- Stanley, mon garçon ”, dit-il, “ j’ai quelque chose à te proposer. Nous sommes assez pressés par le temps – autant les équipes médicales que policières – premièrement, pour libérer ta chambre et deuxièmement, pour ne pas freiner l’enquête judiciaire -, ainsi je te proposerais de rentrer chez toi dès demain et de commencer des séances d’hypnose dès la semaine prochaine ; tu pourrais peut-être, de cette façon, stimuler ton cerveau et apporter des réponses plus précises lors des audiences à la Cour. ”
L’idée n’était pas mauvaise du tout.Elle avait même l’air de convenir à tout le monde. Je compris également que le policier avait un doute. Il devait se demander si ce n’était pas moi qui faisais semblant de ne plus me souvenir du passé. Néanmoins, si telle fut sa pensée, il n’en laissa rien paraître.
Ce soir-là, je m’assoupis facilement. Les trois personnes rencontrées dans ma journée semblaient vouloir mon bien, à l’exception – peut-être - du policier ( via sa profession ), mais en tout cas, je ressentis une sensation de plénitude et trouvai le sommeil aux alentours de vingt-et-une heures.







15 Septembre. Aujourd’hui, c’est la rentrée des classes. Mais elle ne me concerne pas. En effet, avec ce que j’ai appris sur moi et ma situation au cours de la semaine passée, il est évident que je vais désormais employer mon temps à des recherches personnelles sur ma vie plutôt qu’entamer quelques études que ce soit.
Je m’appelle donc Stanley Scarfel et j’ai 20 ans. D’après les dires de Stéphanie Scarfel, ma mère, je viens tout juste d’obtenir le baccalauréat scientifique et je n’ai jamais redoublé une seule classe. Toujours d’après Stéphanie ( Il m’est encore impossible de l’appeler maman ), je me prépare à des études de psychologie, je n’ai pas de petite amie mais étais intéressé par Johanna Dufresq au point d’en parler à la maison, mon père est garagiste, quant à elle, ma mère, infirmière …
Je commence donc l’écriture de ce journal afin de m’aider dans mes réflexions. Il est primordial pour moi que je prenne des notes afin de pouvoir me souvenir de mes rencontres. Depuis le dimanche 10, j’ai énormément parlé avec ma mère, en particulier le soir, après sa journée de travail. J’ai également fait ( ou re-fait ) la connaissance de Bernard, mon ‘ père ‘. Je n’ai pas tardé non plus à apprendre l’existence de Benjamin et Coralie, respectivement mon frère aîné et ma sœur cadette.
J’ai découvert ( ou re-découvert ) ma chambre à l’étage de notre maison et j’ai compris à la vue des posters sur le mur ma fascination pour les avions.
J’ai également appris que, vu mon état médical, la première audience de mon procès était repoussée à une date ultérieure. Sans doute était-ce la raison pour laquelle l’inspecteur Le Bihan ne s’était pas montré trop pressant à l’hôpital.


15 Septembre ( bis ). En ce moment même, j’écris, mais je fixe également la photographie de Johanna. Etrangement, un cliché me représentant avec elle sur un cheval est posé sur ma table de chevet. A en croire la photographie, on a l’air de s’adorer et de bien s’amuser ensemble. Stéphanie m’a dit que cette photographie datait de l’hiver dernier, où Johanna et moi avions décidé de participer au même camp de vacances. J’étais donc proche de cette Johanna Dufresq et nous étions liés depuis un certain temps ; du moins, pouvait-on dire qu’au cours de notre dernière année de lycée, Johanna Dufresq et moi – Stanley Scarfel – étions amis.
A l’heure actuelle, aucun souvenir d’elle. Mais qui était donc cette fille, qui n’était pas suffisamment proche de moi pour être ma petite amie, mais qui semblait tout de même avoir une grande place dans mon cœur, du moins, dans le passé ? Pouvait-on parler de meilleure amie ?
Johanna Dufresq était assez jolie. Rousse, elle avait relevé ses cheveux en arrière, mettant en valeur son visage pâle couvert de tâches de rousseur. Ce visage me fait sourire. Fixer cette photographie me fait presque ressentir le même sentiment que lorsque j’ai rencontré Stéphanie pour la première fois : une sensation de grande douceur … Il est donc évident pour moi, que même si je ne m’en souviens pas, j’étais en bons termes avec Johanna Dufresq.
Mais la question est tout autre : l’ai-je ensuite invité à venir à la fête de fin d’année ? Nous nous sommes-nous disputés ?





16 Septembre. Il est midi et je n’arrive pas à me remémorer la soirée où le meurtre de Johanna Dufresq a eu lieu. J’ai mon premier rendez-vous chez le docteur Dulac cet après-midi ; j’ai bien compris que, si j’avais obtenu un rendez-vous aussi rapidement avec cette femme, c’était tout simplement que la police l’avait exigé ; en effet, il fallait faire vite. Mais le temps était à la fois un allié et un ennemi : il en fallait pour retrouver la mémoire et régler les questions médicales et judiciaires, et dans le même temps, il fallait se faire au plus rapide pour pouvoir mettre un terme définitif à cette histoire au plus tôt.

16 Septembre ( bis ). Tout à l’heure, j’ai vécu quelque chose d’étrange ; le docteur Dulac m’a fait écouter de la musique relaxante et très vite, comme si cette femme avait un pouvoir, j’ai ressenti une sensation de chaleur. Etrangement, je me suis mis à voir des tourbillons de couleur dans mon esprit, des spirales, ou encore des vagues colorées qui s’entrechoquaient. Je ne ressentais plus aucune douleur, et miraculeusement, lorsque le docteur Dulac me fit savoir que mon bras droit était désormais plus léger que mon bras gauche, ce fut effectivement le cas !
En tant que scientifique, il était évident pour moi qu’une technique comme l’hypnose s’apparentait à une pratique divinatoire, et j’avais beaucoup de mal à accepter – avant de franchir la porte du cabinet – que cette expérience allait me faire avancer – dans tous les sens du terme – et ce, de façon extrêmement rapide.
Le docteur Dulac débuta par :
‘ Stanley, vous n’entendez que ma voix ; ma voix est douce, elle vous berce ; d’autre part, votre bras droit devient léger, de plus en plus léger, tellement léger, que vous ne le sentez quasiment plus, tellement léger, tellement léger, tellement léger … ‘
De mon côté, je ne pipai mot. Je me laissais littéralement guidé par la voix angélique de la doctoresse. Mais très vite, cette dernière précisa :
‘ Vous venez de terminer vos années lycée. Vous êtes à la fête de fin d’année ; vous voyez-vous à cette fête ? ‘
Il m’était donc autorisé de répondre ; des images en cascade défilaient dans mon cerveau ; je voyais des gens danser mais la vision qui m’était donnée était assez superficielle. Je n’aurais pu affirmer qu’il s’agissait bien d’êtres humains, j’aurais plutôt parler d’ombres ou d’entités ; je voyais toujours des spirales de couleur et les images me paraissaient floues … Je répondis donc qu’il me semblait voir des gens danser …
La séance avait été précédée d’un entretien au cours duquel Madame Dulac m’avait exposé les différents principes d’une régression selon les règles de l’hypnose Ericksonnienne. Cela pouvait fonctionner dès la première séance et être efficace en une seule fois ; sinon, une dizaine de séances en moyenne était nécessaire.
L’expérience me fascinait ; moi, Stanley Scarfel, futur étudiant en psychologie, je n’y croyais pas mes yeux, ou – devrais-je dire -, je n’aurais jamais imaginé d’aussi grandes capacités chez l’esprit humain.
Le docteur Dulac continua :
‘ Les gens dansent autour de vous ; vous apercevez une fille rousse ‘
Très rapidement, l’espace d’un court instant, je me revis en camp de vacances dans les Pyrénées avec Johanna Dufresq … Nous faisions du cheval en montagne, et nous étions les seuls à être montés à deux sur un animal, car Johanna voulait me remercier d’avoir accepté qu’elle dorme dans la même tente que moi.
Surpris par cette information, je me concentrais sur la scène de danse qui, je dois bien l’avouer, me paniquait, du fait de son caractère imprécis, manquant de précision et de netteté. Le docteur Dulac murmurait ‘ Elle est très belle. Elle est rousse. Elle vous regarde, Stanley ‘ ; soudain, je fis une sorte de blocage ; non, Johanna ne me regardait pas ; ce n’était pas la vérité et mon inconscient refusait par conséquent de me montrer une Johanna Dufresq transie d’amour à une fête de fin d’année.
Certes, Johanna était bien là ; elle m’avait fait un signe lorsque nous nous étions croisés à proximité des toilettes, mais elle était accompagnée ; l’expérience devenait de plus en plus étrange … Certaines scènes étaient très claires, d’autres très sombres … Je voyais la chevelure ocre et pétillante comme si elle était au bout de mes doigts, mais je ne voyais pas le garçon, ou l’homme, qui se tenait derrière elle et qui lui, avait bien ses doigts à quelques centimètres de la crinière rousse de Johanna.
Une séance d’hypnose durait entre une heure et une heure et demie, à l’exception de la première qui, comportant un entretien préalable, pouvait durer deux heures.
Le docteur Dulac avait laissé la musique relaxante en sourdine, et je pris conscience un instant de l’endroit dans lequel je me trouvais – je ressentais un mal de tête subit -, puis je revins presque instantanément à mon état hypnotique. L’image attrayante d’un camp de vacances, d’un cheval et d’une tente de camping avait complètement disparu. Désormais, l’ambiance était plus oppressante ; comme si elle l’avait senti ou deviné, le docteur Dulac avait fait une pause, mais elle répéta ensuite mot pour mot sa phrase précédente :
‘ Elle est très belle. Elle est rousse. Elle vous regarde, Stanley ‘
Je me mis à crier :
‘ Non, c’est faux ! Non, c’est faux ! ‘
( Mon inconscient était soucieux de retranscrire la vérité )
Alors Christine Dulac posa une question :
‘ Qui est autour de vous ? Qu’est-ce qui est faux, Stanley ? ‘
J’avais donc la parole ; parler n’était pas difficile ; l’état d’hypnose est des plus relaxants ; c’est un état de demi-sommeil entre rêve et réalité, souvent utilisé pour la relaxation, mais qui fait néanmoins travailler le subconscient de manière différente. Ce qui était demandé était donc de continuer à somnoler tout en décrivant au médecin ce qu’on aurait pu appeler un ‘ rêve orienté ‘, proche du souvenir … En effet – je ne l’appris que plus tard -, l’hypnose a pour but de provoquer une ou plusieurs dissociations mentales, ce qui permet d’être dans nos pensées tout en étant bien présent, dans le cabinet de notre thérapeute …
Je décrivis par conséquent, la scène qui se présentait devant mes yeux :
‘ Je suis bien à une fête. Johanna est là. Elle est splendide. Je suis devant les toilettes. Il y a beaucoup de monde. Un homme est avec elle. Il est derrière elle. ‘
Christine Dulac entra dans la conversation :
‘ - Qui y a-t-il de choquant à ce qu’il soit derrière elle, Stanley ?
- Je ne sais pas.
- Pouvez-vous le regarder ?
- Je dois partir ; ils ne vont pas dans ma direction.
- Stanley, faîtes un effort ; essayez de vous déplacer dans l’espace. Votre esprit en est capable. Vous étiez bien à cette soirée, mais vous n’avez pas suivi Johanna … Maintenant, écoutez ma voix, rien que ma voix … Vous allez vous projeter vers le haut, vous voyez désormais toute la fête d’en haut. C’est comme si votre corps avait décollé du sol. Vous voyez tout d’en haut. Et, dans cet état, vous allez suivre Johanna. Me comprenez-vous, Stanley ?
- Oui. ‘
Je ne pus m’empêcher de refréner une envie irrésistible de sourire. Plus la séance avançait, et plus ce que je voyais au fin fond de mon esprit devenait limpide : je comprenais désormais que la doctoresse était parvenue à me ramener à la fête de fin d’année du lycée ; ces gens que je voyais étaient tous des jeunes de mon âge ; la musique était assourdissante, à l’opposé des deux sons qui provenaient de la pièce où je me trouvais ; la voix douce de Madame Dulac associée au son harmonieux du morceau de musique qui passait en boucle depuis le début de l’expérience – et qui était censé me conduire à la détente et au bien-être -, contrastait indubitablement avec la puissance à laquelle le hard rock sortait des amplificateurs disposés aux quatre coins de la salle de danse.
Tout se bousculait dans ma tête et j’avais cette désagréable sensation que si mon cerveau avait été une chaudière, il était fort possible que la soupape ne tarde pas à sauter, et le tout à exploser !
Néanmoins, je suivis les instructions et poursuivis ma description :
‘ Oui, j’ai très mal à la tête. Il y a beaucoup de bruit. Je me soulève. Je crois même que je vole. Johanna est là. Je la suis. Elle est avec un homme. Je le distingue très mal. Ils partent en voiture. La voiture s’arrête dans un petit champ voisin … Oh, mon Dieu ! ‘
Une succession d’images m’apparut. Je sortis de mon état d’hypnose immédiatement, et sans l’intervention du docteur Dulac ; ç’en était trop pour moi ; en une fraction de seconde, j’avais tout vu, mais je ne pouvais tout simplement pas décrire toute cette horreur à la doctoresse ; premièrement, il aurait fallu énormément de temps, et deuxièmement, le spectacle auquel j’avais assisté était si horrible, que j’en restai sans voix. J’étais choqué. J’étais abasourdi. Trop d’émotions m’avaient traversé depuis ma sortie de l’hôpital ; j’en avais les larmes aux yeux ; cela faisait à peine cinq jours que j’avais quitté l’établissement médical, découvert l’identité de ma mère – et en passant, la mienne -, appris que j’avais un frère et une sœur, fait la connaissance de mon père, parvenu à retrouver quelques repères, tenté de nouvelles expériences – en particulier l’hypnose, pour finalement se rendre compte de çà !
C’en était trop pour moi ; j’étais à la fois bouleversé, exténué, attristé, et horrifié ; je ne me posais même plus les questions superficielles du genre ‘ est-ce que l’hypnose, çà marche ? ‘ ou encore ‘ Suis-je coupable de meurtre ? ‘. C’était inutile. On pouvait même affirmer que, oui, l’hypnose, était une pratique exceptionnelle et miraculeuse et que, non, je n’étais pas responsable de la mort de Johanna Dufresq ! Je savais tout, désormais. Absolument tout !
Je tremblai ; avec difficulté, mes mains prirent le téléphone portable que Stéphanie m’avait prêté ; était-ce à elle qu’il fallait tout dire ? Après tout, c’était ma mère … Heureusement, le numéro de la maison était pré-enregistré dans le répertoire du mobile ; trop ému et secoué émotionnellement, je n’aurais eu ni la force, ni le courage, et encore moins la patience de chercher le numéro de ceux qui étaient encore pour moi des inconnus la semaine passée. J’appelai donc Stéphanie …
Trois sonneries retentirent avant que j’entende la voix de Bernard :
‘ Bernard … Euh, papa … C’est Stan. Ma séance a été un véritable succès. Je sais tout. Je me rappelle de tout. Johanna Dufresq était bien à la fête de fin d’année et je l’ai bien vue. Mais je l’ai quittée très tôt dans la soirée ; d’ailleurs, elle était accompagnée … d’un homme ; et cet homme l’a conduite dans un champ, où il l’a … où il l’a … ‘
Ma voix se transforma en un cri inaudible … On avait violée et poignardée ma meilleure amie et je n’arrivais toujours pas à formuler ces mots …
Bernard m’encouragea à dévoiler la suite :
‘ Allez, petit, qu’est-ce que tu sais ? ‘
Ce à quoi je répondis :
‘ Je sais qui est cet homme. Je l’ai vu il y a six jours ‘
Bernard s’exclama :
‘ Mais, mon grand, il y a six jours, tu étais à l’hôpital !!! ‘
Et je me mis à crier :
‘ Justement … C’est lui … C’est le Docteur Duronc qui a tué Johanna ! ‘




cherry cheers
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Corynn
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 18:44

Ça alors !!! Je ne m'attendais pas du tout à cette chute ! Shocked

C'est excellent mon cher ami Breton ! Décidément, entre toi et ma jolie Perle Nacrée, je suis plongée dans les polars ! Laughing

En tout cas, tu écris vraiment très très bien, et je me suis prise au suspence !

Bravo cheers
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 19:02

Merci beaucoup pour ces compliments, Corynn ! ' Le journal de Stanley Scarfel ' est ma toute première nouvelle et je l'aime beaucoup aussi moi-même. Elle se trouve en premier dans mon recueil ' Meurtres, et plus si affinités ". Je vous livrerai bientôt d'autres nouvelles parmi les dix-neuf que contient ce recueil, c'est promis ! Car le but est avant tout d'être lu, n'est-ce pas ? Par conséquent, attention, le défilé de nouvelles va arriver !! lol
Bon vendredi à tous et à toutes !
Bon week end également
Basketball cheers rendeer farao santa jocolor geek study
sylvain
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Mort à l'hôtel   Ven 6 Mai - 20:23

Je vous poste maintenant une autre de mes nouvelles, intitulée ' Mort à l'hotel '
Bon week end et bonne lecture ( ou écriture, selon vos goûts ) !
sylvain





MORT A L’HOTEL :


Rebecca ouvrit la fenêtre. Sa nuit d’amour avec Ethan l’avait épuisée. Il fallait à tout prix qu’elle respire l’air pur de cette belle journée de novembre, et qu’elle se remette de cette épreuve. Coucher avec cet homme était un véritable calvaire. Naturellement, il lui fallait simuler. Elle inspira profondément ; Ethan était sous la douche … Son corps, et même son physique tout entier, la répugnait. Elle avait envie de vomir. Mais Ethan était directeur d’une entreprise. Quant à elle, elle ne travaillait pas. En résumé, si Ethan avait besoin d’elle pour assouvir ses désirs charnels, elle avait tout autant besoin de lui pour régler ses problèmes matériels.
Sa rencontre avec Ethan avait été des plus insolites. Comme chaque dimanche matin, elle avait entassé son linge sale dans un balluchon et s’était rendue à la laverie ; là, un homme entre deux âges était en train de récolter sa recette de la semaine. Ethan descendait d’une famille très fortunée. Pour aider son frère, propriétaire de cet établissement, il avait accepté d’aller chercher les pièces de monnaie dans le réservoir des machines. Rebecca s’était contentée d’un ‘ bonjour ‘ à la dérobée. Ethan, vêtu d’un costume, l’avait déshabillé du regard.
Elle avait mis son linge dans la machine sans le regarder. Lui s’était assis sur le banc en bois qui jouxtait la vitre principale. Il s’était attelé aux mots croisés du seul magasine déchiré qu’il avait sous la main. L’endroit n’était pas des plus romantiques mais Ethan s’était prêté spontanément à une drague endiablée ; Rebecca avait joué le jeu. Depuis, ils se voyaient trois fois par semaine dans la chambre d’hôtel que louait Ethan, et Ethan en était très satisfait.
Rebecca ne savait pas comment s’en sortir. Ethan avait quarante-cinq ans. Et en plus, il était physiquement horrible ! Mais comment allait-elle se débarrasser de ce monstre, tout en gardant quelques avantages ?
Elle devait trouver une idée. Elle avait parlé de cette relation à son ancienne copine de fac, Mélanie, qui lui avait suggéré de provoquer une situation conflictuelle avec Ethan. Soudain, une des vitres de la fenêtre de la chambre se brisa, et un énorme caillou vînt rouler à ses pieds. Son humeur ne lui donnait pas envie de riposter. ‘ Peu importe ‘, se dit-elle, ‘ Ethan paiera les réparations ‘. Elle s’approcha furtivement de la fenêtre et aperçut un petit garçon au visage pâle et aux cheveux couleur de blé partir en courant. ‘ Un enfant ‘, remarqua-t-elle, et une idée germa à son esprit.
Un rictus diabolique lui défigura la partie inférieure du visage. ‘ Voilà comment me débarrasser d’Ethan, tout en gardant mes privilèges ‘, marmonna-t-elle. Ethan passa le pas de la porte et prononça : ‘ Tu disais, bébé ? ‘. Rebecca sursauta. Elle eut pendant une fraction de seconde l’impression qu’Ethan avait découvert ses plans, ou du moins compris que quelque chose allait se tramer contre lui. Elle répondit machinalement : ‘ Non, je suis juste énervée car une vitre s’est brisée ‘. Elle ne désirait pas mentionner l’enfant. Ethan lui rappela qu’ils se trouvaient dans un hôtel et qu’il était fort possible qu’ils n’aient aucun centime à débourser. Rebecca n’y avait même pas songer.
Elle regarda l’homme avec qui elle venait de passer la nuit d’un air incrédule ; puis, elle se reprit. ‘ Cela ne peut plus durer ‘, pensa-t-elle, ‘ il est trop répugnant ‘. Elle décida d’agir dans la minute qui suivit. Elle pria Ethan de descendre dans la salle avec terrasse où ils prenaient chaque fois leur petit-déjeuner après leurs ébats nocturnes, lui signala qu’elle avait une nouvelle d’une importance capitale à lui transmettre, qu’elle allait se changer et le rejoindre le plus vite possible.
Lorsqu’il ferma la porte derrière lui, Rebecca s’empara du téléphone et appela Mélanie ; cette dernière décrocha au bout de la troisième sonnerie et exprima immédiatement son mécontentement d’être dérangée de si bon matin :
‘ Excuse-moi, Mél. Je suis avec Ethan ‘, l’informa-t-elle dès que son amie se fut calmée.
‘ Salut, Reb. Alors, tu ne t’es pas encore trouvée un vrai Jules ? ‘, questionna l’étudiante.
Rebecca informa son amie que les temps allaient changer. Elle allait descendre rejoindre Ethan et lui apprendrait une nouvelle qui lui causerait un choc. A l’autre bout du fil, Mélanie était toute excitée. L’idée ne lui parut pas mauvaise et elle jubila intérieurement en se mettant à la place de Rebecca. Elle sourit et dit à Rebecca qu’elle attendait de ses nouvelles – ainsi que la suite des événements – avec la plus grande impatience …
Rebecca reposa le combiné. Tout d’un coup, son moral allait de mieux en mieux. Elle enfila une vieille robe qu’elle s’était permise de prendre - après la mort de sa mère – dans les affaires de la défunte, car cette robe était à l’image d’Ethan, et, en outre, la rendait deux fois plus grosse.
Elle s’assit face à Ethan en simulant un mal de tête, puis fit en sorte que tous les gens qui l’entouraient s’aperçoivent qu’elle avait des difficultés à s’asseoir. ‘ Tu joues vraiment bien la comédie, ma chérie ‘, pensa-t-elle en elle-même, puis elle ajouta à haute voix : ‘ Tiens, je mangerais bien des œufs, et des fraises aussi ‘. Ethan réprima une envie de rire. Rebecca était vraiment étrange, voire surprenante. Malgré son apparent manque d’entrain, elle restait sublime et avait toujours de l’humour.
Il attendit qu’elle commence la conversation. Ce dont elle ne se fit pas prier :
‘ Ethan, j’ai quelque chose de très important à t’annoncer. Je ne sais pas comment tu vas le prendre mais … ‘
Il lui coupa la parole :
‘ Rien qui ne sorte de ta bouche ne peut m’effrayer, mon cœur ‘, lança-t-il.
Or, ce n’était pas tout à fait vrai. Rebecca était charmante et cela ne le dérangeait pas – étant donnés ses propres moyens financiers – d’aider cette fille de temps en temps, mais en contre-partie, il ne fallait surtout pas que cette fille, aussi belle soit-elle, ait quelque autre problème que ce soit : il pensait que leur accord allait de soi ; ils faisaient l’amour, s’entendaient bien physiquement et sexuellement. Il la trouvait belle, acceptait de subvenir à certains de ses désirs matériels, mais, en aucun cas, il ne voulait finir ses jours avec elle, voire l’épouser. Toute sa vie durant, il avait multiplié les conquêtes, conscient, certes, que le contenu de son compte en banque était bien sûr pour quelque chose dans l’attirance de ces demoiselles. En fait, pendant toutes ces années, il en avait toujours été de même ; les femmes ne lui racontaient pas leurs soucis, il payait les restaurants, les hôtels, le ton étant pimenté par du sexe, et çà s’arrêtait là. Aucun autre engagement n’était prévu …
‘ Pourvu qu’elle ne me demande pas en mariage ‘, se répéta-t-il en pensées, ‘ Je serai alors obligé de la quitter ‘. Comme si Rebecca avait lu dans son esprit, elle prononça le mot ‘ quitter ‘ au moment même où Ethan l’avait pensé :
‘ - Je te demande pardon, ma chérie ?
- Je disais que du coup, tu allais me quitter ‘, répéta-t-elle.
Ethan était surpris. Il avait apparemment vu juste ; elle voulait l’épouser, et, sentant qu’il ne le ferait pas, présageait déjà une rupture. Ethan reprit la parole :
‘ - Tu veux m’épouser, c’est çà ?
- Mais, non, Ethan, je veux de l’argent pour avorter ! ‘
Ethan se sentit mal ; c’était pire que ce qu’il avait imaginer. Jamais de sa vie une femme avait été enceinte de lui. C’était une catastrophe. Ses yeux étaient remplis de larmes, ses bras étaient pris de tremblements, sa gorge était nouée. Son cœur battait à toute allure. Il avait du mal à respirer. Il aurait aimé se retrouver aux abords d’une fenêtre, pour, premièrement, respirer une grande bouffée d’air, et, deuxièmement, s’il se trouvait à plusieurs étages en hauteur, se jeter dans le vide !
Rebecca était ravie. Elle était persuadée que cet abruti d’Ethan ne renierait pas son enfant, lui dirait de le garder, l’entretiendrait, mais que – bien sûr -, il la quitterait, ce qui lui permettrait de partir ( de toute façon, elle y était obligée : sa grossesse était factice et son but était uniquement de quitter Ethan tout en profitant de son argent ). Le plan qu’elle avait mis au point été parfait. Elle jouerait le rôle de la mère célibataire qui a du mal à joindre les deux bouts, et ce, pendant une quinzaine d’années, demanderait toujours et toujours plus d’argent, et ainsi, elle aurait enfin une vie convenable ; elle partirait loin de cette ville dont chaque rue lui rappelait sa détresse, elle se rendrait très loin ( de l’autre côté du pays ), mais il y aura une chose qu’elle n’oublierait jamais : l’adresse d’Ethan, cette adresse où il faudra écrire pour réclamer de l’argent pour acheter des couches, cette adresse qu’il faudra à nouveau utiliser lorsqu’il y aura des soi-disant fournitures scolaires à acquérir pour l’école, cette adresse qu’il faudra bien garder en mémoire pour dépouiller au maximum son propriétaire …
Elle avait trouvé la solution à tous ses problèmes ; en partant loin, en mentant, et en réclamant constamment à Ethan, elle allait s’en sortir. Après tout, cela faisait déjà deux ans qu’elle couchait avec lui, et l’on pouvait dire que sa situation n’avait pas beaucoup évolué. Désormais, grâce à son imagination, elle allait pouvoir entrevoir un chemin plus attrayant ; sa vie allait être de plus en plus rose …
Ethan avait toujours du mal à respirer. Perdue dans ses pensées, ses projets d’avenir, Rebecca ne s’était pas aperçue qu’Ethan était devenu rouge, puis violet, puis bleu. Un jeune serveur, à la barbe impeccablement taillée, et pensant qu’il avait avalé quelque chose de travers, lui tapait régulièrement sur le dos. Il ignorait qu’Ethan De La Dictouvière, troisième du nom, était – comme ses ancêtres – cardiaque. D’ailleurs, Rebecca l’ignorait également.
Rapidement, on appela un médecin, qui se trouva être une femme d’un âge assez avancé. Cette dernière parla de malaise et demanda à Rebecca si son compagnon prenait un traitement en particulier. Rebecca informa la doctoresse qu’elle ignorait absolument tout de cet état de fait, mais qu’Ethan avait toujours une petite sacoche qu’il portait en bandoulière et que – si médicament il y avait – il devait certainement se trouver à l’intérieur.
La femme médecin lui ordonna de trouver ce sac le plus vite possible. Rebecca donna l’illusion d’une compagne inquiète et dynamique ; elle remonta au troisième étage fouiller la sacoche d’Ethan, la vit posée à l’entrée de la salle de bain, s’en saisit et en déversa le contenu sur le matelas du petit lit sur lequel Ethan et elle avaient passé la nuit, laissant tomber tous les draps – ainsi que l’unique couverture -, sur le sol de la pièce, leurs pulsions – et surtout celles d’Ethan – les menant constamment vers des pirouettes endiablées, qui détruisaient inéluctablement tout travail décerné à une femme de chambre.
Rebecca regarda les trois objets qui étaient tombés sur le matelas : un portefeuille, qu’elle s’empressa d’ouvrir et dans lequel elle trouva un billet de cent euros qu’elle se précipita de glisser dans la poche de sa robe, un réveil, dont elle ne vit pas l’utilité sur le moment, et un flacon contenant des médicaments … Soudain, elle eut une idée ; elle alla chercher sa boîte de pilules contraceptives, vida la totalité de la plaquette, compara l’un des cachets pour Ethan avec l’une de ses pilules et, constatant que les deux médicaments étaient de couleur et de taille similaires, elle se rendit dans la salle de bain, jeta les cachets pour le cœur dans les toilettes, tira la chasse, revînt à proximité du lit, et fit l’échange.
Puis, elle se rendit en courant, descendant les escaliers quatre à quatre, aux côtés du docteur Stéphan. La vieille femme, paniquée, lui arracha des mains le flacon, jeta un œil sur l’étiquette, et décida d’administrer trois comprimés à son malade. Rebecca continuait de jouer la petite amie éplorée. La vieille femme la questionna sur les circonstances du malaise, et elle répondit naturellement qu’elle avait simplement évoqué le sujet de la mort de sa mère avec son ami, qu’elle ne comprenait pas cette réaction. La vieille femme, voyant que le quadragénaire n’allait pas mieux, avait fait appeler une ambulance. Un jeune homme châtain, imberbe, se présenta à l’accueil quelques secondes plus tard. Il s’approcha de Rebecca, lui frôla le bras droit, et en relevant la tête, celle-ci put lire sur la blouse du jeune homme que ce dernier se nommait Ludovic.
Ludovic se présenta comme étant brancardier. A l’aide de son collègue Olivier, ils allongèrent Ethan sur la civière et, après un bon quart d’heure d’efforts, étant donnée la corpulence du millionnaire, ils entreprirent de se diriger vers l’extérieur. Soudain, on entendit un râle. Toutes les personnes qui prenaient leur petit-déjeuner dans la salle en furent choqués. Le malaise d’Ethan était en lui-même un spectacle, mais le son guttural qui était sorti à l’instant de sa bouche en effraya plus d’un. Une femme en renversa même son café, tandis que d’autres ouvraient des yeux ébahis.
Ethan avait poussé son dernier souffle. Il venait de décéder. Ravie, Rebecca simula une nouvelle fois. Elle porta sa main à son cœur, puis des larmes coulèrent sur ses joues ; puis elle se jeta sur le brancard en criant ‘ Ethan ! Oh non, Ethan ! Pitié, pas toi ! ‘.
Olivier et Ludovic lui demandèrent de les suivre. Si cette demande lui avait été faite dans d’autres conditions, elle en aurait été enchantée. Mais là encore, il ne fallait surtout pas le montrer. Ils furent donc quatre vivants et un mort à l’intérieur de l’ambulance : le docteur Stéphan, les brancardiers Ludovic et Olivier, mais aussi Rebecca et Ethan.
Une succession de pensées vînt frapper l’esprit calculateur de Rebecca ; avait-elle bien fait ? Oui, elle était définitivement débarrassée d’Ethan et c’était déjà une bonne chose ; mais comment allait-elle faire désormais pour toucher de l’argent ? après tout, elle n’était pas mariée à Ethan et par conséquent, n’hériterait pas d’un sou. C’en était fini. La seule chose qui aurait pu la sauver aurait été de véritablement porter l’enfant d’Ethan. Elle aurait pu exiger un test ADN, exiger de la famille De La Dictouvière une compensation financière, et le tour aurait été joué. Mais elle n’y avait pas songé jusque là. D’ailleurs, elle prenait la pilule. Il n’était ainsi même pas nécessaire de vérifier si elle était ou non porteuse d’Ethan quatrième du nom ; elle en était certaine : elle ne l’était pas !
Les obsèques d’Ethan eurent lieu dès la semaine suivante. Etrangement, Rebecca ressentait une sensation de plénitude, la sensation d’un bonheur inexplicable. Deux ans de sa vie venait de s’envoler et pour son plus grand plaisir. Certes, elle ne toucherait pas d’argent mais au moins, elle pouvait se tourner vers l’avenir ; elle n’était pas enceinte d’Ethan, n’avait donc pas à élever le fils ou la fille de son riche amant, et quant à elle, elle était encore très jeune. Elle avait interrompu ses études faute de moyens financiers, mais après tout, qu’est-ce qui l’empêchait de les reprendre ? Et pourquoi ne rencontrerait-elle pas quelqu’un de merveilleux et à son goût très prochainement ? Remplie d’espoir, imaginant un avenir plus clément par rapport à ce qu’elle avait vécu jusqu’à présent, elle décida de se rendre une dernière fois à l’hôtel où Ethan et elle passaient une douzaine de nuits par mois.
Elle traversa l’accueil et la réceptionniste, en la voyant, se tut puis baissa la tête. Elle décrocha le téléphone et murmura une phrase que Rebecca ne comprît pas. Puis la jeune fille rousse à la forte poitrine et à l’accent italien lui posa une question : ‘ Vous venez récupérer vos affaires, Madame ? Je vous en prie, vous pouvez monter …’
Rebecca se rendit machinalement à la chambre 324. Elle sursauta lorsqu’elle aperçut un ruban jaune, sur lequel était inscrit en lettres noires ‘ Ne pas dépasser – Police ‘, au niveau de la porte d’entrée. Rebecca ne comprenait pas. Pourquoi y avait-il cette inscription ? Les personnes qui avaient loué la chambre après elle avaient dû faire de vilaines choses. A près tout, cela faisait déjà neuf jours qu’elle n’avait pas remis les pieds dans cet endroit. Elle avait préféré que passe l’enterrement avant de refaire une apparition ; il fallait qu’elle joue son rôle à la perfection.
Elle frappa contre la porte en bois et aperçut un jeune homme qui vînt à sa rencontre.
‘ Excusez-moi, j’ai passé quelques nuits dans cette chambre la semaine dernière et il me semble avoir oublié certaines affaires ‘, commença-t-elle.
‘ Vous parlez d’un sac à main avec votre carte d’identité, par exemple ? ‘, ironisa le policier.
‘ Euh, oui, entre autres. Mais que se passe-t-il ici ? Il y a eu un meurtre ? ‘, rétorqua-t-elle.
‘ Justement, Mademoiselle Bramoullé. Nous enquêtons sur le meurtre d’Ethan De La Dictouvière ‘
‘ Pardon ? Mais il est mort d’un arrêt cardiaque ! J’étais sa petite amie et il a eu un malaise dans cet hôtel … ‘
‘ Nous savons tout çà, Mademoiselle. Les employés de cet établissement ont tous été interrogés ; néanmoins, le père du défunt a immédiatement contacté ses relations, et par voie de conséquence, nos services, et a réclamé une autopsie ‘.
‘ Vraiment ? ‘, rétorqua la jeune femme.
‘ Absolument ‘, poursuivit le lieutenant Berthelé, ‘ et elle a révélé que quelques minutes avant sa mort, deux substances de synthèse proches des oestrogènes et de la progestérone ont été ingurgitées par Monsieur De La Dictouvière. Trouvez-vous cela normal ? ‘
‘ Oh, mon Dieu ‘, s’écria Rebecca. ‘ Et de plus ‘, ajouta le policier ‘ les cachets pour le cœur de Monsieur De La Dictouvière ont bouché les toilettes et sont revenus à la surface. Ce qui nous a très vite fait comprendre le subterfuge, voyez-vous … ‘.
Rebecca chancela. Son plan avait échoué. Elle fit un pas en arrière, s’écroula de tout son long sur la moquette et c’est avec une facilité et une dextérité exemplaires que le lieutenant Berthelé lui passa les menottes …


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Camylène
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 22:35

Oh là, là ! Pas trop vite, Sylvain ! Laisse aux copains le temps de découvrir tes textes ! j'ai vraiment beaucoup aimé aussi le journal de Stan Scarfel. Ton style est très efficace et la chute m'a également beaucoup surprise ! L'autre texte sera pour demain !
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karameltendre
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 23:01

Avec beaucoup de retard, mais avec toute ma sympathie, je te souhaite la bienvenue parmi nous.
J'ai adoré ton texte : MORT A L’HÔTEL
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 23:21

merci, karamel, pour la bienvenue et les compliments sur ' mort à l'hôtel '

@ camylène : oui, prends ton temps ... Merci pour les compliments sur ' le journal de Stan Scarfel '

bonne lecture !
bon week end !


bise à tous et à toutes

sylvain


cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 23:32

Merci aussi de m'avoir lu. Smile
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karameltendre
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Ven 6 Mai - 23:33

Mais c'est avec plaisir. Very Happy
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Sam 7 Mai - 21:46

Tant mieux, karamel
J'espère que vous avez apprécié ' Le Journal de Stanley Scarfel ' et ' Mort à l'hôtel '. ( voire plus haut )
Néanmoins, j'ai d'autres textes à vous montrer ; ce soir, je vous livre ' meurtres à la maison de retraite ' :

Et hop, c'est parti !
Bonne lecture à tous et à toutes !





Meurtres à la maison de retraite :





Le couteau était toujours planté dans le thorax de Madame Dumont ; la vieille femme avait demandé à être euthanasiée à de multiples reprises … Visiblement, quelqu’un s’en était chargé. La technique était des plus originales ; on se trouvait dans une maison de retraite et l’assassin avait préféré une autre méthode que les médicaments pour aider la vieille dame à quitter ce monde.
Ernestine Dumont n’avait pas de famille ; personne ne pouvait donc prétendre à un éventuel héritage. Néanmoins, le mot ‘ meurtre ‘ était sur toutes les bouches. Linda, la plus jeune des aides-soignantes, avait été la première à constater le décès. Linda travaillait du matin et avait commencé les toilettes des résidents de l’aile B : elle avait vu les draps surélevés au niveau de la poitrine mais, tracassée par des problèmes d’ordre personnel, s’était immédiatement muni d’un gant stérile et s’était attelée à sa tâche.
La mort était monnaie courante au sein de l’établissement. On finissait même par en rire, et à chaque fin de vie, Linda était toujours la première à pincer les joues du mort ou à lui gratter les pieds. Cette fois-ci, lorsqu’elle vit le gigantesque couteau de cuisine, elle ne put réfréner le désir subit d’enfoncer l’arme un petit plus profondément ; elle jeta furtivement un regard dans le couloir, guettant la présence de sa collègue, ou encore celle de Robin, le jeune handicapé chargé de faire le ménage des locaux dans la matinée, ou encore celle de Chantal Dalpain, l’affreuse surveillante qui rôdait quand bon lui semblait, de jour comme de nuit, dans l’aile A, puis dans l’aile B, alternant régulièrement ses rondes entre les deux bâtiments …
Linda était la boute-en-train du service. Elle chantait en faisant les douches des pensionnaires, racontait des blagues lors des transmissions d’informations entre deux équipes, jeter des bouteilles d’eau sur ses collègues. Linda était appréciée de tous …
Linda jeta un coup d’œil à droite, puis jeta un coup d’œil à gauche … Personne ; elle retourna en courant à toute vitesse vers le lit médicalisé de Madame Dumont, mais dans sa course, le bas de sa blouse blanche s’accrocha à l’une de ses ballerines et elle manqua tomber en arrière. Elle s’accrocha donc aux barreaux du lit, qui cédèrent sous son poids …
Se relevant avec difficulté, elle saisit le couteau pour pouvoir se remettre debout ; la plaie béante de Madame Dumont s’agrandit immédiatement. Finalement, Linda parvint à reprendre ses esprits ; elle avait toujours irrésistiblement envie de touiller les poumons de la vieille femme avec le couteau. C’était si rigolo …
Linda se ressaisit ; elle était tout de même au travail, dans un lieu de santé dans lequel l’on était censé donner des soins et du réconfort à des personnes essayant de vivre au mieux leurs derniers jours.
Soudain, Linda entendit un cri ; Monique Delpech était à l’entrée du couloir de l’aile B. Linda se précipita à sa rencontre :
‘ Mais Momo, qu’est-ce tu fais là ? Tu dois faire les toilettes de l’aile A ! ‘
Le visage de Monique était blême et livide. Elle n’avait pas eu cette expression du visage depuis le jour où son petit garçon avait avalé des graviers devant sa maison, puis s’était évanoui aux abords de la porte du garage :
‘ J’ai … J’ai … trouvé … un couteau de cuisine ! ‘
‘ Oui, et alors ? ‘, s’exclama Linda, ‘ Tu as traversé tout le bâtiment pour me dire que tu avais trouvé un couteau de cuisine ? Eh ben, qu’est-ce que ce serait si tu avais trouvé un revolver ! ‘
Monique n’osait plus prononcer un seul mot ; d’ailleurs, même si elle l’avait voulu, elle aurait eu beaucoup de mal.
‘ Bien ‘, poursuivit Linda, ‘ Maintenant, tu vas me laisser faire mon travail en paix et tu vas retourner t’occuper de tes quarante-deux pensionnaires … Moi j’en ai suffisamment avec mes vingt-six ! ‘
Monique était connue pour être très timide. Elle ne pipa mot et revint sur ses pas. Elle n’osait pas dire que le couteau qu’elle avait vu était planté dans le bas-ventre de Monsieur Abgrall. Tant pis, pensa-t-elle, je vais faire comme si de rien était et je n’en parlerai qu’à la surveillante, du moins si je la croise, et aussi, bien sûr, si j’en trouve le courage et la force.
Linda retourna vers la chambre 124. Puis changea d’avis et passa à la suivante. Quel dommage, pensa-t-elle, que je ne travaille pas en horaire du soir : ce serait l’équipe de nuit qui ferait la toilette mortuaire ! Ce n’était vraiment pas son jour de chance ! Elle décida de remettre cette tâche à plus tard … ‘ Après tout ‘, ironisa-t-elle, ‘ cette vieille bique n’est plus à une minute près ‘.
Elle ouvrit la chambre 125 ; quelle ne fût pas sa surprise de voir le drap recouvrant le corps de Monsieur Castrec légèrement surélevé au niveau du pénis ; elle eut subitement une forte envie de rire … Oui, apparemment, certaines personnes vivant dans cette maison de retraite avaient encore toutes leurs fonctions vitales … Elle s’approcha du vieux monsieur et vit que ses grands yeux bleus ne clignotaient plus ; elle tira énergiquement sur les draps et sur la couverture, et un spectacle horrifiant se présenta à sa vue … On avait poignardé Monsieur Castrec dans l’entrejambes !
Linda commençait à être contrariée ; cela allait faire deux morts à préparer pour la morgue ; c’en était trop ! En outre, ces événements allait énormément la retarder ; certes, elle avait habilement choisi l’aile la plus facile avant de commencer, de façon à être sûre d’avoir terminé en avance et pour se permettre une petite ‘ pause cigarette ‘ à l’abri des regards le moment venu, mais désormais, tout était remis en cause … Sa journée était visiblement gâchée.
Monique, de son côté, pleurait à chaudes larmes. Elle était dans la chambre de Madame Laënnec, poignardée dans l’aisselle gauche, et était déjà passé dans la chambre de Madame Rozec, frappée au bas du dos car cette dernière dormait toute la journée et toujours sur le ventre, et de Monsieur Petit, touché au front.
Monique s’était arrêtée ; elle ne savait plus quoi faire ; à l’école d’aides-soignantes, on ne lui avait jamais appris à se battre contre un serial killer. La peur s’empara d’elle. Elle décida d’aller chercher des mouchoirs dans la salle de pause. Elle y croisa Hubert, le seul homme exerçant un travail de soignant, et le seul homme du personnel de l’établissement, si on faisant fi du petit Robin.
Hubert pensa immédiatement que Monique avait des problèmes avec son fils ; il ne l’avait jamais vu dans un état similaire auparavant ; elle était au bord de la crise de nerfs. Hubert lui servit un grand verre d’eau et s’assit près d’elle :
‘ Que se passe-t-il, Momo ? ‘, ironisa-t-il, ‘ Tu as vu un fantôme ? ‘
‘ Oh, pire que çà, Bébert … J’ai vu des morts ! ‘
‘ Vraiment ? Tu trouves cela étonnant, ici ? ‘
Monique recommença à pleurer. Puis on entendit le bruit familier d’un déambulateur ; c’était la vieille Corentine Griffon, quatre-vingt-deux ans, qui avait une question à poser … Hubert et Monique se mirent tout deux à feindre un visage de circonstance et écoutèrent la pensionnaire répéter la perpétuelle question qui la taraudait du matin au soir :
‘ C’est quand Les Feux de l’Amour ? ‘
Hubert et Monique répondirent en chœur : ‘ Ne vous inquiétez pas ! On vous préviendra … Et en plus, on regardera avec vous ! ‘
Monique commençait à reprendre du poil de la bête ; de son côté, Linda fumait une cigarette ; elle jeta son mégot par une fenêtre et ce dernier tomba sur la casquette d’André Pichon, un sexagénaire tranquillement assis sur un banc du parc. Mais Linda s’en fichait royalement. Elle se dirigea vers la chambre 126, occupée par un couple qui était rentré en maison de retraite ensemble, avait vécu mariés quarante ans ensemble, et avait demandé à être ensemble ; le couple était en vie … Linda poussa un soupir de soulagement ; elle allait enfin pouvoir faire une toilette, voire même deux !
Puis son bipper sonna ; c’était Monsieur Jégou qui visiblement, avait voulu aller aux toilettes mais y était arrivé trop tard … ‘ C’est bien ma veine ‘, pensa Linda, ‘ Aux toilettes mortuaires s’ajoute un changement de draps ; mais c’est vendredi 13, ou quoi ? ‘ – Pendant un instant, elle se remémora le film du même nom qu’elle avait vu avec sa meilleure amie et collègue Anita. Aujourd’hui, on aurait dit que le tournage du remake avait commencé à la résidence Ty-Pen.
Elle alla boire un verre d’eau à la fontaine au bout du corridor et tomba nez à nez avec Chantal Dalpain. Comme à son habitude, la quinquagénaire ne daigna pas adresser de bonjour. Linda ne s’en offusqua pas et lança de la même façon que l’on annonce qu’une lettre a été postée qu’apparemment, deux pensionnaires avaient été poignardés. Avec un grand sourire, elle ajouta : ‘ C’est super, hein ? ‘. Chantal Dalpain pensait déjà aux deux chambres qui allaient être libres et permettre à deux autres personnes âgées de s’installer à la résidence. Linda, quant à elle, avait retrouvé tout son entrain et, ironique, rajouta : ‘ En plus, ce sont deux personnes qui n’ont pas de famille ; çà simplifie les démarches ‘. Chantal Dalpain demanda de quelles chambres il s’agissait et, dans le plus grand des calmes, reprit le chemin de son bureau qui se trouvait au rez-de-chaussée. Elle devait maintenant appeler la police … Ce qu’elle fit …
Il fut bientôt huit heures … Et c’était l’heure où Brigitte, Sabrina et Isabelle, trois nouvelles stagiaires qui étaient à l’école dans le but de devenir aides-soignantes, devaient commencer leurs stages à Ty-Pen. Brigitte avait vingt-deux ans, Sabrina vingt-cinq, et Isabelle, trente-deux. Au cours de leur année d’enseignement, elles devaient effectuer plusieurs stages dans des établissements différents : elles avaient toutes les trois choisi de commencer par la gériatrie.
Isabelle, Brigitte et Sabrina furent présentées à Monique, Robin, et Linda en premier. Chantal Dalpain avait fait une rapide présentation, présentation inutile car tout le monde savait déjà que trois stagiaires arrivaient ce matin ; c’était écrit en grand sur le tableau blanc dans la salle de pause, et ce, depuis plus de deux mois !
Isabelle posa sa première question presque immédiatement :
‘ Euh … Est-ce qu’il y a des morts, aujourd’hui ? ‘
Monique, qui était venue dans le hall de même que Linda, pour faire la connaissance des nouvelles, s’écria ‘ Oh, oui ! ‘, s’excusa, proposa à Brigitte de la suivre, et retourna vers l’aile A. Linda invita ensuite Isabelle à se rendre avec elle dans l’aile B, précisant à Sabrina que cette dernière devrait passer son premier jour en compagnie de Hubert à la lingerie.
‘ Ne t’inquiète pas ! Tout ira bien ! Après, on changera … ‘
Sabrina n’était pas contente. Dès le premier jour, elle allait plier et laver du linge, alors qu’elle faisait des études pour pratiquer des soins. C’était un comble ! En plus, elle allait être séparée de ses deux meilleures copines. Tout cela pour passer la journée avec un homme ! C’en était trop ! Elle décida qu’elle n’irait nulle part avec cet homme au prénom de grand-père, et préféra visiter la maison de retraite par ses propres moyens.
Elle commença par l’aile A. La première chambre était celle de Monsieur Abgrall ; elle ouvrit la porte délicatement, ayant peur de se retrouver nez à nez avec Monique, mais cette dernière semblait être beaucoup plus loin. Elle vit immédiatement le couteau planté dans le ventre. Elle le retira, le prit à deux mains, passa dans la petite salle de bain, rinça l’objet et le glissa sous sa blouse … ‘ Je vais redescendre ‘, pensa-t-elle, ‘ et si cet Hubert essaie de me violer, je lui planterai ce couteau dans le cœur ‘. Rassurée, elle revint sur ses pas. En se retournant, elle se cogna dans Chantal Dalpain :
‘ Oh, excusez-moi, Madame, je suis Sabrina, la nouvelle stagiaire … Je visitais … ‘
‘ Je vois ‘, répondit la surveillante. ‘ Restez plutôt près d’une soignante pour l’instant, et regardez ! Ne vous promenez pas à l’aveuglette dans les chambres, surtout aujourd’hui ! ‘
‘ Mais que se passe-t-il aujourd’hui ? ‘, demanda Sabrina, ignare.
‘ Eh ben, voyez-vous, jeune fille, il y a eu plusieurs meurtres dans l’établissement … Des meurtres au couteau ! Je viens d’appeler la police ; un inspecteur arrivera avant midi et posera des questions ; ce sont tous des morts de personnes âgées n’ayant plus aucune famille. ‘
‘ Ah, c’est cool ‘, répliqua Sabrina, ‘ Comme çà, on n’a pas à annoncer le décès et on fait de la peine à personne ‘. Elle reçut immédiatement une gifle de la part de la surveillante, qui, remontée, traversa le couloir en hurlant ‘ Insolente ! Insolente ! ‘ et à chaque fois qu’elle prononçait la fin du mot, on entendait, comme pour rythmer sa façon de prononcer cet adjectif, le son d’un déambulateur qu’on pose sur le sol. Ainsi, seules deux voix se faisaient entendre dans le couloir :
‘ C’est quand Les Feux de l’Amour ? ‘
‘ Insolente ! Insolente ! ‘
‘ C’est quand Les Feux de l’Amour ? ‘
‘ Insolente ! Insolente ! ‘
Il fut onze heures et dix minutes quand l’inspecteur Julien Pichon pénétra dans le bureau de Madame Dalpain.
‘ Mais que faisiez-vous, jeune homme ? ‘, s’écria cette dernière, ‘ cela fait au moins deux heures que je vous ai appelé ‘
‘ Oh, pardonnez-moi, Madame ; j’étais dans le parc ; figurez-vous que mon grand-père est dans cette maison de retraite. Alors, je suis allé le voir ; il passe beaucoup de temps sur le banc, d’où il peut voir le réfectoire. Aujourd’hui, il était un peu contrarié car il y avait un trou dans sa casquette. Apparemment, provoqué récemment par un petit objet brûlant ‘
Chantal Dalpain regarda son interlocuteur ; le jeune homme en face d’elle ressemblait effectivement à Monsieur Pichon ; c’était amusant ; elle en vient néanmoins au but de son appel :
‘ Vous n’êtes pas sans savoir que six meurtres ont été commis ici ! ‘
‘ Non, Madame ‘
‘ Je vous ordonne de trouver le coupable ‘
Julien sortit du bureau et quand il ouvrit la porte, quatre oreilles semblaient s’y être appuyées. En effet, Linda, Monique, Brigitte et Isabelle étaient toutes proches de la porte.
‘ Vous savez que cela ne se fait pas d’écouter aux portes, Mesdames ? ‘
Les filles s’excusèrent et retournèrent à leurs affaires. Elles étaient toutes les quatre sous le charme du policier. C’est rien à côté d’Hubert, pensa Linda, qui constata qu’il était temps de distribuer les premiers repas, du moins pour les personnes invalides qui prenaient leur repas sans bouger de leur lit, avant de descendre servir les autres au réfectoire.
Hubert cherchait Sabrina. Elle n’avait toujours pas mis les pieds à la lingerie. Il en fit part aux quatre autres filles et tous ensemble partir à la recherche de l’élève manquante … On finit par la trouver dans les vestiaires des garçons, tenant à la main une tenue d’homme de ménage … couverte de sang. Ahuris, Hubert, Brigitte, Linda, Monique, et Isabelle poussèrent un cri. Ils se penchèrent sur l’étiquette où le nom de l’agent était inscrit, cousu en haut à gauche du vêtement, et lurent tous ensemble : ‘ Robin Voltaine ‘.












Merci de m'avoir lu ... sylvain
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Camylène
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Sam 7 Mai - 22:25

Très réussi, ce texte, Sylvain ! Ton style s'accorde vraiment bien à ce genre de récit !
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: remerciements   Sam 7 Mai - 22:43

je ne dirai qu'un mot : MERCI
Il y a plusieurs textes que je voudrais partager
mais j'attends un peu ....
' Passion mortelle ', ' la rivière ', ' le carnet ' devraient suivre ...
Merci en tout cas de me lire et de donner votre avis.
Bonne lecture !
Bonne écriture pour ceux qui sont ( TRES ) inspirés en ce moment
En deux mots, bon week-end !
make fun and enjoy yourself ( amusez vous bien ! )
Bises à toutes et à tous et aussi bonne soirée ...
kiss
cheers cheers cheers cheers cheers cheers
sylvain


p.s : j'ai aussi écrit une petite nouvelle, plutôt courte, pour le concours mensuel du mois de mai : ' Prisonnier à jamais '
Bonne lecture !
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karameltendre
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Sam 7 Mai - 23:02

Je viens de lire LE JOURNAL DE STANLEY SCARFEL et Meurtres à la maison de retraite : et j'ai adoré.
, moi qui ne suis pas très polard en lecture, là vraiment j'ai trouvé ces textes supers.
Encore .


sylvain.le.braz a écrit:
Tant mieux, karamel
J'espère que vous avez apprécié ' Le Journal de Stanley Scarfel ' et ' Mort à l'hôtel '. ( voire plus haut )
Néanmoins, j'ai d'autres textes à vous montrer ; ce soir, je vous livre ' meurtres à la maison de retraite ' :

Et hop, c'est parti !
Bonne lecture à tous et à toutes !

PS : j'espère que tu ne me vouvoies pas ? lol!


Dernière édition par karameltendre le Dim 8 Mai - 21:40, édité 1 fois
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Dim 8 Mai - 0:10

pas du tout, karamel
la première phrase était pour toi : ' tant mieux, karamel '
le reste était à destination de tout le forum entier, enfin de tous les membres !
bise, karamel tendre ou bonbon sucré
good night ! ( bonne nuit )


@karamel : merci pour l'appréciation.
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: le carnet   Dim 8 Mai - 1:44

Je vous présente un autre texte : " le carnet "



Le carnet :








Je ne cessais de penser à ce que ma voyante m’avait prédit. ‘ Très prochainement ‘, m’avait-elle dit, ‘ un homme va rentrer dans votre vie et tout bouleverser ‘ ; cette phrase me poursuivait où que j’allais ; apparemment, j’allais enfin trouver le grand amour … Et ce n’était pas trop tôt ! En effet, j’étais seule depuis tellement d’années !
Assise sur un banc, je regardais les passants, un exemplaire de la revue canadienne ‘ XYZ ‘ à la main … Mon activité préférée était de me plonger dans une de ces nouvelles qui parlaient d’amour, et de laisser libre cours à mon imagination … Comme j’aurais aimé être l’une de ces héroïnes dont le seul souci était de savoir si elle avait une rivale ou pas, et si l’homme qu’elle aimait l’aimait en retour.
Parfois, je ne pouvais m’empêcher de pleurer. La vie m’avait gâtée ; j’avais deux enfants adorables – des jumeaux -, mais … c’étaient les enfants de ma sœur ! Aurélie avait toujours tout fait différemment de moi ; elle avait quitté la maison de nos parents très jeune, avait eu Robin et Lucie, et, à peine trois mois après son divorce, avait tout plaqué pour partir vivre avec Léandro en Argentine …
Une partie de moi ne pouvait qu’être jalouse face à cette inconscience, quand l’autre était ravie qu’Aurélie m’ait proposée de prendre les deux petits bouts de choux à ma charge. J’avais désormais des enfants sans les avoir fait !
Et si je devais résumer ma vie, c’était exactement cela : je n’avais rien fait … Les autres avaient naturellement entrepris plus de choses que moi, lorsque, moi, Françoise Beauregard, je restais passive face aux événements.
Néanmoins, je ne cessais d’espérer ; la visite chez Madame Soizig m’avait requinquée ; j’avais pris ma journée pour me reposer et pour aller voir cette diseuse de bonne aventure ; malgré le prix exorbitant de la séance, j’étais ressortie de son cabinet littéralement enchantée ; mes collègues de travail me rappelaient incessamment qu’il ne s’agissait que de sornettes, que ce genre de personnes nous racontait ce que l’on voulait justement entendre … Or, cette fois-ci, j’en étais persuadée : elle avait raison : ma vie allait changer !
A partir de ce moment-là, je ne regardais plus les hommes de la même façon ; le sexe fort était devenu ma raison de vivre ; quand j’allais chercher du pain à la boulangerie, je me demandais si c’était le boulanger qui allait rentrer dans ma vie ; lorsqu’un agent de maintenance frappait à la porte pour une réparation ou une vérification dans les appartements de la résidence où je résidais, je me demandais si on pouvait dire que cet homme qui franchissait le seuil de ma porte rentrait dans ma vie …
Toujours installée sur le banc du parc, mes larmes ruisselaient sur mes joues. J’étais mère célibataire, je n’avais pas d’amies ( et encore moins de petit ami ), j’étais secrétaire dans un cabinet médical, Robin et Lucie n’avaient que six ans … Ce serait tellement bien qu’ils aient un vrai papa … Le suicide de Damien avait été un tel choc ! Sans doute ne s’était-il pas remis en outre du départ d’Aurélie …
Des idées noires me traversaient encore l’esprit ; je ne savais que faire pour aller de l’avant, tout en assurant l’avenir de mes deux petits monstres ; mais j’étais déterminée et bornée : une vie, çà se fait à deux et c’est tellement plus beau lorsqu’il nous ait donné la possibilité de partager avec l’autre …
Je refermais délicatement mon précieux magazine et mon regard ne put s’empêcher d’en fixer le titre … C’était affreux ! Même le titre donnait envie de pleurer ! Le début faisait incontestablement penser au sexe masculin et c’en était désespérant …
Mon regard se posa sur la bande de jeunes qui, à quelques pas de moi, taguait des insultes sur un mur en pierre … Etait-ce l’un de ces trois garçons immatures qui allait rentrer dans ma vie ? Une partie de moi l’espérait, quand l’autre, plus raisonnable, me montrait l’impossibilité d’une telle issue.
Soudain, j’eus l’irrésistible envie d’aller voir de plus près les inscriptions que les trois jeunes gens écrivaient dans des couleurs différentes. Je me levai et trébuchai sur ce qui me sembla être un caillou couvert de feuilles d’arbre. Contrariée, et ennuyée à l’idée que les trois adolescents aient pu me voir tituber, je baissai les yeux vers mon pied droit et me rendis compte que mon talon était cassé. C’était vraiment ma journée ! Jamais un homme ne rentrerait dans la vie d’une femme au talon cassé ! Puis, un grand coup de vent fit tournoyer les feuilles jonchant le sol. Je vis tout d’un coup que l’objet de mon malheur n’était pas un caillou, mais plutôt une sorte de porte-feuille. Je me penchai, le ramassai et vis qu’il s’agissait en fait d’un carnet.
Tous mes sens étaient en éveil. De loin, ce cahier ressemblait étrangement à un porte-monnaie, mais, lorsqu’on le tenait dans la main, on comprenait très vite qu’il s’agissait d’un agenda. Je me demandai : ‘ Et si c’était un journal intime ? ‘ – L’idée me fit sourire, car je réalisais subitement que si cela était le cas, c’est moi qui allais rentrer dans la vie de quelqu’un, c’est moi qui allais violer l’intimité d’un ou une inconnue …
J’ouvris le carnet … Une photo tomba à mes pieds. Celle d’une petite fille sensiblement du même âge que Lucie. La première page était colorée : c’était un dessin représentant des chimpanzés. Puis dès la deuxième page, une écriture d’homme racontait apparemment les journées de ce dernier. Je commençai ma lecture. Quelle ne fut pas ma surprise de lire dans le premier paragraphe ‘ Ma visite chez Madame Soizig a été des plus bouleversantes. Elle m’a prédit qu’une femme allait rentrer dans ma vie et tout bouleverser ‘.
Je fus légèrement surprise. Cet homme avait été chez la même voyante que moi et avait reçu une prédiction similaire ; cela signifiait-il que Madame Soizig disait la même chose à tout le monde, où est-ce que c’était le destin et que moi, Françoise Beauregard, je devais absolument rencontrer cet homme ?
L’excitation monta en moi. Je tournai les pages. Tout le reste était écrit dans une langue étrangère ; seule la première ligne, mentionnant madame Soizig, était écrite en français. Amoureuse du Canada, j’achetais souvent des magasines qui ne paraissaient que là-bas, et avais fini par assimiler certaines expressions anglaises … Malheureusement, ce n’était pas de l’anglais que j’avais sous les yeux. Mais qu’elle pouvait donc être cette langue étrange ? On aurait dit des hiéroglyphes. Pour moi, çà ressemblait à du chinois, mais il pouvait tout aussi bien s’agir d’égyptien ou d’arabe. J’en fus troublée, et extrêmement déçue.
Il était important pour moi de déchiffrer le mystère par moi-même. Je tournai les pages, de plus en plus curieuse, de plus en plus désireuse de trouver un indice …
Soudain, en tournant l’une des dernières pages du carnet, une sorte de marque-pages glissa et se retrouva à mes pieds. Je le ramassai et m’aperçus qu’il s’agissait d’une carte de visite. Il y avait une adresse, suivie d’un numéro de téléphone. Mais aucun nom … Etrangement, l’endroit indiqué me paraissait familier ; j’étais persuadée m’y être déjà rendue par la passé, mais ma mémoire me faisait défaut et il m’était impossible de m’en rappeler. Néanmoins, la ‘ rue Danton ‘ n’était pas loin du parc. Je pouvais y aller à pieds … Et c’est ce que je fis !
Il n’était pas encore dix-sept heures et j’avais par conséquent le temps de faire un petit détour dans la rue Danton avant de prendre un bus qui me conduirait à l’école Sainte-Catherine où, comme tous les soirs de la semaine, j’allais chercher Robin et Lucie. Je me levai, longeai le parc en diagonale, baissai la tête à l’approche des tagueurs, longeai la rue Jean Jaurès, tournai à droite, puis à gauche, guidée par mon instinct, excitée à l’idée de voir ou découvrir quelque chose de nouveau.
Qu’elle ne fut pas ma surprise de voir qu’au 257 de la rue Danton se trouvait le ‘ Rex ‘, le cinéma où je me rendais avec Aurélie et Damien au début de leur rencontre. Des larmes commencèrent à couler sur mon visage ; que la vie était cruelle ! Elle trouvait toujours le moyen de vous rappeler de mauvais souvenirs, ou de vous remettre en mémoire des moments douloureux liés à votre passé. Il était quinze heures quinze. Il y avait donc une séance dans cinq minutes. Je décidai d’y rentrer, de choisir un film au hasard et de réfléchir à la situation. Quel était le rapport entre cet étranger et le ‘ Rex ‘ ? Etait-il seulement un habitué ? Cela ne semblait pas possible … ‘ Non ‘, me dis-je, ‘ lorsqu’on est habitué à un cinéma, on n’a pas besoin de noter son adresse dans son agenda ! ‘. Les questions se bousculaient dans ma tête … Puis, je franchis la porte du petit cinéma spécialisé dans la diffusion de films étrangers en version originale et sous-titrée.
Personne ne se trouvait derrière le guichet. Mon cœur battait la chamade. Personne non plus ne se trouvait de l’autre côté, à part moi. J’eus soudain l’impression qu’il fallait forcer le destin. Je passai donc effrontément devant le minable petit bureau et me dirigeai, joyeuse, vers la première salle. Je venais de faire quelque chose d’illégal, en d’autres termes aller regarder un film sans payer, mais je ne ressentais quasiment rien ; mon cœur battait à tout rompre, dopé d’adrénaline, quand ma raison essayait de me faire comprendre qu’il était grand temps que je prenne des risques en général ; je devais changer ma vie, être actrice et non spectatrice, être tout simplement active et vivante !
La salle était très peu éclairée. Munie de mon précieux carnet, je m’assis au milieu de la salle ; je ne pus réfréner une envie de sourire, premièrement à l’idée que je n’étais pas à ma place, que je n’avais d’ailleurs pas payée, deuxièmement, que je voulais changer de vie mais que le hasard me ramenait vers ma sœur et son mari et par conséquent à Robin et Lucie qui étaient désormais à ma charge, et troisièmement, au fait, qu’une dizaine de minutes auparavant, j’étais assise dans un parc à regarder des tagueurs ; là, j’allais être assise soit à regarder un film dont je ne comprendrais sans doute rien ou soit à lire un carnet dont je ne comprendrais pas plus la signification.
Je décidai de me diriger vers la droite de l’écran, où l’on pouvait apercevoir une petite porte sur laquelle était écrite en lettres rouges ‘ Toilettes ‘. C’était la meilleure chose à faire ! La lumière allant s’éteindre complètement dans quelques secondes, il était préférable de s’enfermer dans les toilettes pour rechercher tranquillement un indice dans le petit carnet.
Je poussai la porte battante ; il semblait qu’il faille suivre un véritable labyrinthe avant de parvenir aux toilettes des femmes ; je pris à droite, incertaine de l’issue du chemin que j’avais emprunté, mais de plus en plus excitée par mon aventure de la journée.
Je parvins à une porte entrouverte sur laquelle était écrite ‘ Privé ‘. L’espace d’un instant, mon naturel revint au galop et je ne pus m’empêcher de faire un pas en arrière. Mais deux secondes plus tard, je me résonnai ‘ Françoise, tu n’es plus la même ! Va de l’avant, et prend des risques ! ‘. Je réfléchis puis me dis ‘ Après tout, s’il y a quelqu’un à l’intérieur, je pourrais toujours dire Oh, excusez-moi, je cherchais les toilettes, et si je suis déjà à l’intérieur quand quelqu’un arrive, je jouerais les innocentes et prononcerais une phrase stupide du genre La porte était ouverte, alors je suis rentrée ‘…
Requinquée, je poussai la porte ; une odeur nauséabonde arriva à mes narines. ‘ Je ne suis pas dans les toilettes, pourtant ‘, pensai-je. Puis je dérapai et fus obligée de retirer ma chaussure gauche, dont le talon déjà cassé s’était fissuré en cognant contre une paire de ciseaux qui jonchait le sol. La pièce était plongée dans l’obscurité. Il s’agissait d’une pièce de projectionniste. A tâtons, je ramassai la paire de ciseaux, puis je me mis à chercher un interrupteur. Je fouillai dans ma poche et trouvai un briquet. La flamme éclaira une toute petite partie de la pièce, mais en avançant, et sentant toujours cette odeur qui me donnait envie de vomir, je me dirigeai lentement vers le faisceau de lumière que diffusait l’appareil de projection ; malheureusement, la lumière allait vers l’extérieur, et plus précisément vers la salle une, en contre-bas …
Je me dirigeai vers l’appareil et c’est là que je le vis ; un homme, plutôt corpulent, visiblement mort, était allongé sur le dos et du sang séché marquait sa chemise à plusieurs endroits de sa poitrine ; il semblait avoir été poignardé, à l’aide d’un objet pointu, comme … des ciseaux !
Je m’avançai et étrangement, face à ce corps qui barrait ma route, je ne ressentais ni compassion ni tristesse. Et pourtant … Ce visage ne m’était pas inconnu ; avais-je déjà croisé cet homme ? Etait-ce un employé du cinéma ? Travaillait-il ici depuis tellement longtemps, que je l’avais déjà croisé des années auparavant ? Il était impossible pour moi de le dire …
Je devais garder mon sang froid ; à la lueur de la flamme de mon briquet, je revins sur mes pas et sortis discrètement de la pièce, mon précieux carnet intime dans la main droite, la paire de ciseaux dans la main gauche. Il n’y avait toujours personne dans le labyrinthe …
Je pris tout de suite à droite et tombai sur une sortie de secours ; mes deux mains tenant chacune un objet important à mes yeux, c’est avec mon pied que je poussais la barre métallique permettant d’ouvrir la porte. Je me retrouvai dehors, à l’arrière du cinéma et la bouffée d’air pur et froid qui me frappa le visage me revigora. Je devais rester calme ; je jetai brièvement un coup d’œil à ma montre, qui m’indiquait qu’il était maintenant quinze heures quarante-six. J’avais du mal à croire que le temps avait passé si vite. J’étais donc restée près d’une demi-heure près d’un corps inerte ! Un frisson me parcourut … Il fallait cependant que je reprenne mes esprits.
Je décidai de retourner sur mon banc pendant quelques minutes ; le parc n’était qu’à trois rues. Et il n’y avait qu’à cet endroit que je pouvais retrouver mon calme. La nature avait sur moi un effet apaisant ; à son contact, je redevenais sereine … Je parvins donc très rapidement à mon point de départ ; le banc était occupé par deux vieilles dames qui lisaient toutes les deux le magasine que j’avais laissé une heure plus tôt sur le banc, trop absorbée par les recherches que je devais entreprendre suite à la lecture du carnet … Je n’aurais jamais imaginé que la curiosité pouvait conduire à de tels événements … Mon regard se porta sur les deux vieilles femmes … ‘ Vous avez de la chance ‘, pensai-je, ‘ vous lisez un magasine. Vous ne risquez rien … Moi j’ai changé de lecture et çà m’a conduite vers la mort : lire peut être parfois si dangereux ‘. Puis mon regard se tourna vers ma main gauche. Une tache ocre recouvrait toute la partie supérieure des ciseaux : les lames étaient d’un orange couleur de rouille. Je réfléchissais. Si cette paire de ciseaux était retrouvée, on allait trouver mes empreintes et … je pouvais être accusée de meurtre !
Je décidai finalement de rentrer chez moi en bus. Ma petite maison à quelques pas du cabinet médical était un véritable havre de paix. Il me restait encore du temps : je pourrais encore feuilleter le petit agenda avant d’aller chercher les enfants à l’école.
Quelques minutes après, j’étais debout dans un bus où il ne restait plus aucune place assise ; les trois tagueurs croisés dans le parc plus tôt dans la journée se trouvaient à l’arrière du véhicule. Sans doute avaient-ils fini de salir les murs de la ville de leurs graffitis. Dans la position où je me trouvais, il m’était difficile de respirer. Je sentais mon corps frotter celui d’un vieil homme, je sentais une barre de fer dans mon dos … Le voyage était des plus désagréables. Enfin, je reconnus mon quartier et m’y arrêtai. Quel soulagement de se retrouver dans la rue. Je jetai un œil sur le livret que je tenais à la main et me dirigeai à pied vers la maisonnette en haut de la rue ; l’arrêt de bus était à environ cinquante mètres de mon domicile ; ne conduisant pas, et par souci d’économie, je le prenais régulièrement pour me rendre en ville ; en revanche, lorsqu’il s’agissait de se rendre au travail ou à l’école de Robin et Lucie, je m’y rendais à pieds. Il était très rare jusqu’à présent que je me déplace et sorte de mon quartier.
Ma maison était située à proximité d’un gigantesque cimetière. Essoufflée, je parvins enfin jusqu’à la porte d’entrée, rentrai dans la première pièce, enlevai mes chaussures dont l’une était cassée, et je m’affalai dans le petit canapé. Je posai le précieux manuscrit de l’étranger sur la table du salon, sur laquelle je laissai ensuite reposer mes jambes.
Je me re-mémorisai chaque instant de la journée ; cette journée devait être à la base réservée à ma visite chez madame Soizig. Elle avait été plus mouvementée que prévue. Soudain, l’image des ciseaux m’apparut à l’esprit … mais ils n’étaient plus entre mes mains !
Je me levai, cherchai partout, refis le chemin jusqu’à l’entrée. Elles n’étaient nulle part … Je les avais perdus ; mais où ? Dans le parc ? Dans le bus ? Mes réflexions cessèrent lorsque le téléphone se mit à sonner. Paniquée, je soulevai le combiné avec crainte.
Un lieutenant de police se présenta. Il me convoquait en fin d’après-midi afin de répondre à certaines questions ; apparemment, j’avais été filmée par les caméras de surveillance du ‘ Rex ‘. Des tremblements se manifestèrent dans mes bras et dans mes jambes. Allait-on simplement me faire payer le fait que je n’avais pas payé ma séance de cinéma, ou allait-on carrément m’arrêter pour meurtre ? Une pensée me traversa l’esprit : Un homme va entrer dans votre vie et tout bouleverser …
Oui, c’était cela : le lieutenant venait d’entrer dans ma vie et çà allait tout bouleverser ; ‘ Oh mon Dieu ‘, pensai-je ‘ je vais faire de la prison ! ‘.
A l’autre bout du fil, le lieutenant Kérivel poursuivait son monologue :
‘ Madame ‘, disait-il, ‘ On m’informe d’une nouvelle information à l’instant ; jusqu’à présent on vous voyait sur les caméras en train de passer sans payer, mais sur la cassette suivante, que nous sommes en train de re-visionner, un autre détail est mis en évidence ; ne bougez pas, on arrive tout de suite ! ‘… Puis il interrompit la communication.
J’en étais quasiment certaine : il voulait au début me questionner sur le fait que je n’avais pas payé ma place, et maintenant, ils m’avaient également vu sortir d’un lieu où un meurtre avait été perpétré, de surcroît avec l’arme du crime à la main. Ma vie était fichue ; dire qu’au début de la journée, je me plaignais de ma situation, alors que maintenant, c’était encore pire !



Cinq ans plus tard – C’est de ma cellule que je vous écris ces quelques mots. J’ai été condamnée à cinq ans de prison ferme pour le meurtre du projectionniste de cinéma, un homme qui est rentré dans ma vie sans qu’aucun de nous deux n’ait jamais rien demandé. Il ne me reste que trois jours à passer dans cette horrible prison pour femmes. Je n’ai jamais revu Robin et Lucie qui ont été placés pendant ces longues années ; je ne sais même pas si, malgré le fait que j’aurai payé ma dette envers la société à la fin de la semaine, le juge me donnera le droit de les revoir. J’ai été une mauvaise mère ; je n’ai pas élevé mes enfants ; j’ai tellement voulu faire comme ma sœur : prendre des risques, pour vivre le moment présent ; je dois avouer que j’ai été servie ; j’ai perdu le peu que j’avais : mon travail au cabinet médical, mes enfants, et surtout ma liberté ! Les seuls hommes que je côtoie sont les surveillants pénitentiaires ( voire le vieux directeur de la prison ) et parfois, mon jeune avocat … Aucun d’entre eux n’a provoqué en moi de désir amoureux ; néanmoins, tous ces hommes sont bien entrés dans ma vie pour la bouleverser, pour la rendre plus sombre qu’elle ne l’était déjà. J’en retiens une leçon : à l’avenir, je ne lirai plus jamais quelque chose qui ne me concerne pas, et surtout, j’éviterai d’être trop curieuse.
En ce qui concerne le véritable meurtrier, il ne fut jamais retrouvé, pour la simple et bonne raison que pour la police, c’est moi la coupable. Mais à ma sortie, je ne m’épuiserai pas à essayer de faire éclater la vérité ; j’ai trop de temps à rattraper avec mes deux petits bouts de choux. Et je tire de cette expérience une autre leçon : il faut apprécier ce que l’on a et ne pas espérer de changements de vie faramineux ; par conséquent, dans trois jours, il est hors de question que je continue comme par le passé, c’est-à-dire me focaliser sur un éventuel futur amant : désormais, je crois au destin, et si un nouvel homme doit croiser ma route, cela arrivera naturellement ( sans l’avoir provoqué ).
Quant au carnet, il est dans un carton regroupant mes affaires personnelles à l’accueil du pénitencier. J’ai entendu dire que certains surveillants l’avaient lu et s’étaient trouvés mal, d’autres, après la lecture, avaient eu une série de malchances, un autre encore avait eu un accident de voiture, le fils d’une autre ensuite, était tombé d’un arbre et s’était cassé une jambe … Il semblerait que ce cahier était maudit. Il me sera rendu à ma sortie … et je me ferai une joie de le brûler !












[b]Merci de m'avoir lu
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karameltendre
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Dim 8 Mai - 10:46

Super le texte.
Je ne m'attendais pas à la fin, un carnet maudit cooooooool.
Merci pour cette lecture.
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: passion mortelle   Dim 8 Mai - 11:20

merci karamel



Pour ceux qui ont un esprit un peu plus ' sadique ', voici désormais " passion mortelle "




Passion mortelle :


L’heure était tardive. Au volant de son 4X4 noir, Eléonore souriait. Il n’y avait personne sur la petite route reliant le restaurant dans lequel ils avaient dîné et la ville la plus proche ; de plus, il faisait extrêmement sombre. Elle était ravie ; elle venait de l’écraser. Elle mourrait d’envie de repasser une nouvelle fois sur le corps ; il fallait qu’elle en soit certaine ! Il fallait qu’elle puisse être coûte que coûte assurée que son frère était bien mort.
Eléonore recula puis fonça une nouvelle fois sur le corps d’Edouard. Cela faisait vraiment un bien fou de supprimer une pourriture de cette espèce. Eléonore exultait de joie ; un rictus défigurait son visage. Edouard allait payer pour ce qu’il avait fait ; il le devait ! D’ailleurs, Eléonore n’en doutait pas : ce grand frère encombrant irait sans aucun doute en enfer, tandis qu’elle, la jeune et belle Eléonore Delpierro, serait enfin considérée comme une Sainte, dans sa vie terrestre comme dans la suivante.
Eléonore ne détestait pas son frère. Il était tellement gentil ! Mais ce soir-là, il l’avait contrarié en acceptant de mettre du GHB dans le verre de sa petite amie, qu’elle avait fini par le trouver pathétique et navrant. Edouard n’était plus ce qu’il était : le jeune garçon qui avait violé sa petite sœur des années auparavant la décevait aujourd’hui. On était en 2010 et voilà que Monsieur Delpierro mettait de la drogue dans les boissons comme d’autres auraient jeté un chewing-gum à la poubelle … C’en était désespérant !
Eléonore se sentait vexée ; où était donc passée l’excitation des premiers jours ? Pourquoi n’avaient-ils pas continué à commettre des meurtres ? Pourquoi désormais, ne faisaient-ils que des choses insignifiantes comme le commun des mortels ?
Eléonore repensait à la mort d’Andrew. Edouard avait eu tellement de mal à brancher un fil électrique à la chaise en bois à laquelle ils l’avaient attaché. Ed savait que son copain d’enfance était seul chez lui le week-end d’Halloween. Il s’était naturellement invité chez son pote. ‘ On fera la plus belle soirée d’Halloween de tous les temps ‘, avait proclamé Ed. Puis, ils avaient joué à un jeu. Le jeu consistait à rester le plus longtemps possible bâillonné à une chaise en bois près de la piscine. Le plan avait fonctionné. Excité, Andrew avait tenu à essayer le premier. Ed l’avait ligoté …
Eléonore avait rejoint son frère plus tard dans la soirée, équipée d’un matériel électrique des plus perfectionnés qu’elle avait volé à son père, le célèbre électricien Dylan Delpierro. La mort d’Andrew avait été des plus excitantes. La vue de ses veines saillantes sur son visage au passage de l’électricité procurait une jubilation sans limite. L’excitation fut d’ailleurs à son comble lorsqu’ils poussèrent la chaise dans la piscine : on aurait dit un feu d’artifice ou un spectacle de ‘ sons et lumières ‘. Les cris d’Andrew mêlés aux étincelles était d’une extrême beauté. Eléonore n’avait jamais vu une scène aussi grandiose !
Elle repensait à la mort d’Andrew ; assise au volant de son 4X4, elle était nostalgique du temps de la mort de ce dernier. En outre, ils avaient réussi un coup de maître : les parents d’Andrew ne savait pas qu’Edouard devait venir ce week-end-là et on ne sut jamais officiellement qui était le meurtrier de leur fils.
Naturellement, d’autres crimes avaient suivi. ‘ C’est tellement bon d’ôter une vie humaine ‘, pensa Eléonore. Elle venait encore de le faire aujourd’hui ; désormais, les choses aller changer ; elle allait devoir faire cavalière seule … et cela la comblait de joie ; à voir son visage au travers du pare-brise, on aurait pu penser que la femme blonde au volant venait de gagner à la loterie ; ses traits étaient lumineux, son visage un peu béat mais radieux … Eléonore était au paroxysme de l’extase.
Elle eut envie de repasser une troisième fois sur le corps d’Edouard ; cela faisait tellement de bien. Entendre des os craquer sous le poids des roues du véhicule était si revitalisant ! Et dire que certains se contentaient de prises régulières de vitamines … Non, il fallait plus que çà à Eléonore Delpierro ; c’était la fin de la vie qui l’intéressait ; après son baccalauréat scientifique, option biologie, elle s’était tout de suite dirigée vers des études de médecine ; elle hésitait encore entre rentrer dans la police ou continuer un cursus normal ; son rêve était d’approcher des morgues de très près ; elle adorait l’odeur de putréfaction comme d’autres aiment celle de la moutarde lorsqu’ils dégustent un steak. Elle était brillante … et elle le savait !
Sa décision était prise ; elle roula une troisième fois sur le corps d’Edouard. Puis, elle sortit de la voiture car quelque chose la gênait ; elle se pencha et elle vit que la chemise d’Edouard s’était déchirée puis prise dans l’enjoliveur de la roue avant gauche. Elle tira sur le tissu imbibé de sang et, l’espace d’un instant, réalisa que, si elle était le sang et la chair de Dylan Delpierro, Edouard l’était aussi. Elle avait assassiné un être aux similitudes génétiques aux siennes. Néanmoins, cette réflexion ne la perturba en rien. Elle dégagea sa roue et reprit le volant.
Cette semaine avait été horrible ; pas un meurtre de commis, et de surcroît, pas de drames dans les faits divers du journal qu’elle épluchait chaque matin … Comment allait-elle avoir des idées pour la suite ? Car Eléonore n’avait pas beaucoup d’imagination. Elle s’appuyait constamment sur un support artistique avant de réaliser ses méfaits. Ainsi, elle avait regardé le film ‘ Scream ‘ de Wes Craven une vingtaine de fois ; malheureusement, regarder un film ou lire un livre l’ennuyait au plus haut point ; comment pouvait-on perdre du temps à créer de telles choses, dites des œuvres, pour justement occuper le temps des autres ? Elle n’avait pas accroché : elle n’avait pu, après avoir visionné le film, se remémorer que le début et avait juste compris que le premier meurtre était celui d’une fille qui était sur le point de manger des pop-corns. Elle n’était pas plus avancée.
Il était nécessaire qu’elle fasse preuve d’originalité. Il fallait à tout prix qu’elle soit une tueuse différente des autres ; elle se devait de laisser ses propres marques dans l’Histoire, et d’avoir sa signature propre à chacun de ses crimes.
Elle remonta dans le 4X4, le cadeau que son père lui avait offert pour ses dix-huit ans. La route était toujours aussi obscure … Pas un seul passant … Pas une seule voiture derrière la sienne, encore moins devant, et encore moins en sens inverse. Elle contourna la dépouille de son frère, et se rendit à la ville : demain était un autre jour. Elle se devait d’aller à la faculté et de faire comme si de rien était ; elle allait reprendre son rôle de petite ‘ fille à papa ‘ modèle, le rôle de la super-copine, le rôle de la gentille et charmante Eléonore.
Et c’est ce qu’elle fit ; le lendemain, la journée était telle que les autres journées de cours, en deux mots, terne et ennuyeuse ; seul un cours l’intéressait : le cours d’anatomie ; malheureusement, le plus souvent, en travaux pratiques, on ne disséquait que des grenouilles ; c’était regrettable. Eléonore aurait tellement aimé tenir dans ses mains les intestins d’un ancien être humain ou même un cœur qui venait tout juste de cesser de battre : la situation était fâcheuse : les études coûtaient chères et il n’était même pas possible d’y ressentir quelques petits moments de plaisir ; Eléonore avait parfois les larmes aux yeux pendant le cours d’anatomie ; ses amies ( ou plutôt les filles qu’elle supportait toute la journée, et qui peut-être, un jour seraient assassinées par ses soins ) y voyaient une grande sensibilité ; visiblement, Eléonore adorait les animaux et ne supportait pas le sort réserver à la trentaine de grenouilles, qui, les jambes écartées devant une vingtaine d’élèves, laissaient entrevoir leurs boyaux, face à un professeur qui s’exprimait dans un langage légèrement déplacé en dépit de la situation. Eléonore était tellement gentille, pensaient les six jeunes filles qui n’avaient pas hésité une seconde à s’inscrire aux mêmes travaux pratiques que la belle blonde …
Eléonore pleurait ; tout le monde voulait la consoler ; tout le monde lui rappelait qu’il ne s’agissait que de grenouilles … Mais Eléonore pleurait car elle n’avait tué personne ce matin … Son dernier meurtre remontait à la veille et était celui d’Edouard … On était le lendemain matin et c’était déjà très long. Trop long … Elle ressentait du désir ; à son âge, ressentir du désir est normal : surtout s’il s’agit d’un désir sexuel et qu’il est tourné vers le sexe opposé ; ce désir-là était effectivement orienté vers le sexe dit fort, mais il n’était pas charnel … Bien au contraire …Elle avait l’envie de voir la décomposition d’un organisme et ce, le plus vite possible … Elle demanda à se rendre aux toilettes et en passant dans le couloir aux murs semblables à ceux d’un hôpital, elle arracha la pompe à incendie de son logement ; heureusement, la bouteille rouge n’était pas trop lourde ; elle parviendrait à la porter jusqu’à la bibliothèque, qui était située à quelques pas des toilettes les plus proches. A cette heure-ci, seul Bobby y travaillait. Tout le monde savait dans l’établissement que le jeune Bobby Mélard était légèrement handicapé psychologiquement, et qu’il effectuait un contrat à temps partiel à la bibliothèque de la fac ; tout le monde savait aussi qu’à onze heures du matin le mardi, il n’y avait personne dans cette bibliothèque réservée aux ‘ Cinquième année ‘.
Bobby scannait les ouvrages rendus la veille. Le mardi était une journée calme au niveau relationnel mais, comme les élèves empruntaient plus de livres le vendredi pour les étudier le week-end, beaucoup d’entre eux revenaient les rendre le lundi et, du coup, le mardi matin était toujours réservé à la vérification des ‘ entrées ‘. Bobby était concentré. Il ne vit pas l’extincteur se rabattre sur son crâne, lequel se fracassa en une fraction de seconde, le sang giclant sur un livre traitant des modifications moléculaires, qu’il avait à la main.
Que c’était bon de voir du sang ! Si rouge, Si gluant, et si visqueux …Eléonore avait presque envie de s’accroupir et de le lécher. Elle commença à se baisser, laissant le désir s’emparer d’elle, mais elle parvînt à contenir sa pulsion ; elle se contenta de renifler l’odeur ambiante, qui dégageait un délicieux parfum de fonctions corporelles altérées. Soudain, Eléonore entendit un bruit ; elle essuya en vitesse la bouteille rouge à l’aide du tissu de la même couleur qu’elle avait toujours dans sa poche, lâcha l’appareil et courut se réfugier dans les toilettes.
Enfin, elle avait tué : c’était trop bon ! Elle rentra dans un cabinet de toilettes et cria ‘ Yes ! ‘ en lâchant un soupir d’excitation. Puis elle sortit ; elle passa devant la bibliothèque comme si de rien était et retourna en cours ; avec son humour habituel, elle dit ‘ Oh, merci ! Comme çà fait du bien ! ‘ en refermant la porte de la salle ; la classe entière partit dans un rire général.
Le soir, son sac à la main, Eléonore rentra chez elle, le sourire aux lèvres. On était mardi, le deuxième jour de la semaine, et elle avait tué deux fois. Demain, elle devait absolument continuer ; ce serait dommage de faire moins de sept morts en une semaine ; un par jour était le minimum. Jusque là, elle était assez satisfaite ; écraser son frère, puis assommer un handicapé mental, c’était le top ! En plus, elle n’avait pas omis d’effacer ses empreintes … ‘ Eléonore, tu es vraiment une fille géniale ‘, se dit-elle en elle-même en se regardant dans le rétroviseur intérieur du 4X4. Elle s’appliqua un peu de rouge à lèvres ( Oh ! que cette couleur était vraiment la plus belle de toutes ! ), prit un peigne dans son sac et se recoiffa. La journée avait été excellente ; juste un petit bémol : il faudra dire à Monsieur Deschamps de nous envoyer dans une morgue ! Là, on aurait enfin un cours d’anatomie intéressant !
Eléonore prit le chemin de la cité universitaire ; elle résidait dans une petite chambre, même si son père avait tout à fait les moyens de la garder chez lui ; mais Eléonore avait refusé ; lorsque le soir, elle laissait retomber son masque, elle ne voulait personne à ses côtés ; il lui fallait déjà jouer son rôle de blondinette stupide toute la journée, il était hors de question qu’il en soit de même le soir et la nuit ; de plus, la vie d’une meurtrière était semblable à celle d’un pompier ; le devoir pouvait nous appeler à toute heure ; par conséquent, pour avoir la possibilité d’assouvir ses besoins en pleine nuit ( du moins, si l’envie lui prenait ), il ne fallait en aucun cas qu’une de ces stupides étudiantes partage sa chambre.
Elle rentra dans la chambre 13 de la résidence, ferma la porte à clef derrière elle et s’allongea sur le petit lit rouillé au centre de la pièce. Ce soir-là, elle s’endormit tout habillé. Le téléphone la réveilla à deux heures du matin. C’était Dylan Delpierro :
‘ Papa, que se passe-t-il ? Il est arrivé quelque chose ? ‘, demanda-t-elle en simulant l’ignorance.
‘ C’est ton frère, ma chérie, il a eu un accident ‘
‘ Oh, mon Dieu ! Il va bien ? ‘, questionna-t-elle, faisant semblant d’avoir compris qu’il s’agissait d’un accident anodin.
‘ Non, mon cœur, c’est beaucoup plus grave. Il s’est fait écraser par une voiture. Il est … Il est mort ! ‘
Eléonore laissa un blanc dans la conversation puis continua à jouer la fille compatissante :
‘ Oh, Seigneur ! Ce n’est pas possible ! Pas Edouard ! Oh, non, non, pas Edouard ! ‘
Des sanglots s’entendaient des deux côtés du fil : les sincères se mêlaient aux simulés et l’union des deux sons faisait penser au bruit que fait une batterie lors d’un concert de musique. Enfin, une bonne nouvelle : Eléonore n’allait plus être obligée de jouer les abruties ; elle allait être censée vivre une perte atroce et devrait désormais présenter une attitude de sœur abattue et en deuil. Comme çà allait être amusant ! Jouer un nouveau rôle … Les cours d’anatomie étant parfois si décevants, elle se demandait parfois si elle n’aurait pas dû s’orienter vers le métier de comédienne ; après tout, elle était blonde, plutôt belle … Elle réfléchit et se rendit compte qu’assassiner de jeunes comédiens dans les coulisses de différents théâtres n’était pas une idée idiote. Les commissures de ses lèvres arrivèrent presque jusqu’à ses oreilles. ‘ Ressaisis-toi, El ‘, se dit-elle à elle-même en pensée, ‘ N’oublies pas que tu viens de perdre ton frère et que tu dois adopter un comportement de circonstance ‘.
Elle laissa son père à sa douleur, raccrocha le combiné et posa sa tête sur l’unique oreiller en haut du lit. Elle murmura ‘ La vie est trop belle ! C’est merveilleux ! ‘ et s’endormit, sereine, aussitôt.
Le lendemain, elle retourna à l’université. Malheureusement, cette dernière était momentanément fermée ; le meurtre de Bobby avait été découvert et la police était sur les lieux. Comme j’aimerais être avec eux pour revoir le corps, pensa Eléonore … Puis elle réfléchit et réalisa que finalement, la chance était plutôt de son côté ; la fermeture de l’établissement pour les besoins de l’enquête et pour une durée indéterminée allait lui rendre service. Dans sa famille, il y aurait bientôt l’enterrement d’Edouard, et il allait lui falloir une bonne dose de force et d’énergie pour composer sur son visage le masque de la sœur éplorée.
Eléonore était inquiète. Si la faculté fermait ses portes, cela voulait dire deux choses : premièrement, elle ne pourrait plus tuer d’étudiants ( d’ailleurs, elle ne l’avait fait que rarement, le lieu étant tout de même très fréquenté ) ; deuxièmement, elle n’assisterait plus à des cours d’anatomie ; et en outre, un gros problème persistait : à l’extérieur, il allait falloir qu’elle se décarcasse pour trouver une nouvelle proie, en ce mercredi 26 avril 2010 !
Elle décida de se rendre chez son père ; elle prit son 4X4 et se rendit à la résidence familiale. Son père y vivait seul. Edouard y était resté jusqu’à maintenant ; désormais, Dylan allait se retrouver complètement seul et abandonné. De surcroît, il fallait préparer l’enterrement … Eléonore franchit le portail électrique. Elle avait toujours détesté cette maison. Une maison dominée par les hommes ; elle n’avait jamais connu sa mère et n’avait pas de belle-mère ; très tôt, elle s’était sentie écrasée face aux garçons. Elle était la seule fille de la maison et en avait énormément souffert ; aujourd’hui, elle avait pris sa revanche ; les hommes succombaient sur son passage. Andrew, Bobby, Edouard et les autres … Mais qui serait le prochain ?
Elle sonna à la porte d’entrée entrouverte. Ce fait ne lui parut en rien étrange ; souvent, son père laissait la porte ouverte car la demeure était si immense que cela aurait relever du miracle si un intrus avait réussi à franchir le portail et atteindre la porte d’entrée. Seuls les habitués retrouvaient leur chemin dans ce dédale de petites allées recouvertes de gravillons.
Eléonore cria ‘ Papa ! Tu es là ? ‘. Personne ne répondit. Elle se dirigea vers le grand salon et eu une vision de bonheur : son père gisait sur le sol dans une énorme flaque de sang. Un trou béant duquel continuait à couler le liquide rouge permettant la vie avait pris place au dessus de son oreille droite ; dans sa main droite, un revolver encore chaud, dans sa main gauche, une feuille de papier …
Elle se précipita sur la feuille sur laquelle était écrit quatre mots : ‘ Excuse moi, ma petite Eléonore chérie ‘. Son père s’était visiblement suicidé ; n’avait-il pas accepté la mort d’Edouard ? Avait-il eu peur de se retrouver seul ? Certaines questions allaient rester sans réponse ; le visage d’Eléonore n’exprimait aucune expression ; désormais, elle n’avait plus aucune famille ; d’ailleurs, en avait-elle jamais eu une ? A partir de cet instant, elle était libre, et ce, à tout jamais. Une nouvelle vie allait commencer …
‘ Quel idiot ‘, pensa Eléonore, ‘ Il a fait ce que je rêvais qu’il fasse depuis tant d’années ‘ ; puis elle ajouta à voix haute ‘ Merci de m’avoir facilité la tâche et d’avoir fait le travail à ma place, cher Papa ‘. Une grimace sadique défigurait son visage ; puis elle éclata d’un grand rire à gorge déployée : elle allait enfin pouvoir faire ce qu’elle voulait. Sa décision était prise : elle ne participerait à aucun de ces enterrements et n’irait plus en cours de médecine. Elle allait prendre la route avec son superbe 4X4 noir vers une destination inconnue. Elle irait où bon lui semble, au grès de ses envies. Elle était enfin débarrassée des deux hommes de sa vie, les deux hommes qu’elle avait dû supporter pendant tant d’années … Elle allait enfin pouvoir aller de l’avant … Il n’y aurait qu’une chose qui ne changerait pas : elle allait tuer, massacrer, assassiner … Elle allait s’adonner à sa passion, toute seule … Personne ne l’attraperait : Eléonore Delpierro était exceptionnelle !
On était mercredi après-midi et elle n’avait toujours tué personne ; certes, la vue du sang dans le salon, l’odeur de son père, la tête explosée du quadragénaire, les bouts de cervelle éparpillés sur le sol, l’avaient un peu revigoré, mais ce n’était pas suffisant … Elle reprit son 4X4, se rendit compte qu’elle n’avait plus que très peu d’essence dans son réservoir, et se dirigea vers la station où Marc était employé de libre-service. Marc était le seul garçon supportable de la planète. Jamais il n’avait soupçonné une seule seconde les activités de sa petite amie et de son frère ; il aimait Eléonore d’un amour sincère et voyait en elle sa future femme et la mère de ses futurs enfants … De son côté, Eléonore adorait Marc ; bien sûr, il était parfois nécessaire de mentir à ce beau brun aux cheveux bouclés, mais c’était pour la bonne cause : elle avait une double vie, elle devait donc mentir pour cacher le fait qu’elle était une tueuse … Mais elle ne toucherait jamais à Marc ! Il était trop craquant !
A la vue du 4X4, Marc sortit du petit magasin … Il arriva en courant vers le côté conducteur et embrassa fougueusement sa compagne.
‘ J’ai quelque chose à te demander, mon amour ‘
‘ Je t’écoute, mon chéri ‘
‘ Veux-tu m’épouser ? ‘
Des larmes lui montèrent aux yeux ; pour la première fois de sa vie, elle ressentait un sentiment de joie que jusqu’à présent, seuls les autres ressentaient. En général, ce n’était que la mort qui la boostait. Aujourd’hui, quelque chose en elle venait de changer : elle avait l’impression de devenir normale. Elle se blottit dans les bras de Marc et lui susurra un oui franc et direct à l’oreille. Ils s’embrassèrent de nouveau. Le lendemain, Marc démissionna de son travail ; ils quittèrent ensemble la ville à bord du 4X4 et on ne les revît plus jamais.










































Bonne lecture !
merci à ceux qui me lisent
Bon dimanche
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Dim 8 Mai - 12:01

Merci pour cette lecture saignante lol!
Super texte, mais une chose est sure, je me méfierai un peu plus des blondes maintenant. lol!
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sylvain.le.braz
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Dim 8 Mai - 12:06

rires
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MessageSujet: la rivière   Dim 8 Mai - 14:44

Pour ceux qui aiment le surnaturel, je vous livre aujourd'hui ' la rivière '
Toutes les nouvelles que je vous présente font partie du recueil ' meurtres, et plus si affinités '
J'essaie de vous présenter celles que je trouve les mieux.


Voici donc ' la rivière ' :



La rivière :


Le corps sans vie de Richard flottait à la surface de la rivière. Gwendal admirait le spectacle : c’était la première fois qu’il voyait un mort. Aujourd’hui, il était plutôt d’humeur badine. La journée était exceptionnelle : enfin quelque chose se passait dans sa vie … Et pourtant, cela ne provoquait aucune émotion en lui. Assis sur un tronc d’arbre, il se munissait régulièrement de petites brindilles ramassées à ses pieds, les lançait dans l’eau pour faire des ricochets et son visage ne s’illuminait que lorsque l’un des petits bouts de bois venait toucher le crâne ou la joue du défunt.
Benoît s’approcha de son ami. Il murmura à son oreille une phrase lui signifiant qu’il était fier de lui. Oui, c’était certain : désormais, plus rien ne serait comme avant. Ils avaient franchi une étape. Après ce qu’ils avaient fait, leur amitié ne serait que plus forte …
Benoît restait debout à la droite de Gwendal. Ils étaient tous les deux dans le même collège, dans la même classe, et assis à la même table. Leur niveau scolaire n’était pas des plus élevés et c’était sans hésitation que les deux compères avait décidé de faire l’école buissonnière. Ben et Gwen, comme les appelaient leurs camarades, étaient toujours au fond de la classe. Ils vivaient dans leur monde, et ne répondaient jamais à aucune question du professeur … Seul Benoît comptait pour Gwendal et vice versa.
Ce jour-là, ils avaient décidé de se balader près de la rivière traversant la forêt de Kersudal. L’endroit avait toujours fait naître les pires rumeurs, notamment à cause de la petite route se trouvant près du pont qui permettait, premièrement, de séparer la forêt en deux parties distinctes, et deuxièmement, de permettre aux habitants du petit village où résidaient Ben et Gwen de se rendre dans la grande ville la plus proche. En effet, mis à part le collège et la petite épicerie de Madame Durand, le village n’offrait aucune distraction à deux jeunes gamins de quinze ans et demi.
La forêt était donc un univers aux ressources insoupçonnées. En outre, elle pouvait à elle-seule développer les imaginations. On entendait dire dans le village, comme dans la ville au bout de la petite route, qu’une femme de trente-cinq ans avait disparu dans la forêt cinq années plus tôt. A cette époque, Gwen avait dix ans et la perspective de vivre à proximité d’une forêt hantée l’excitait déjà au plus haut point. Nicole Delagrange était biologiste : elle travaillait sur les propriétés de certaines feuilles d’arbres et avait décidé, un dimanche du mois de septembre, d’aller cueillir certaines espèces pour les étudier ensuite. Elle n’était jamais réapparue … Du moins, personne ni même la police n’avait eu trace de son passage dans les bois. Son corps ne fût jamais retrouvé.
Septembre 2005 marqua le début des plus folles spéculations. Le nombre de personnes se rendant, par groupe de deux, ou de trois, voire de quatre, dans la forêt s’amplifia. Au village, il n’y eut bientôt plus une seule personne qui ne décréta pas avoir vu une femme ressemblant à la description de Nicole Delagrange leur parler dans la forêt, derrière un arbre, ou parfois sur une pierre, et parfois et le plus souvent encore : aux abords de la rivière ….
Benoît adorait la forêt de Kersudal ; il rêvait depuis son plus jeune âge de tomber nez à nez avec le spectre de Nicole Delagrange, voire d’assister à l’une de ses éventuelles apparitions ; il s’approcha de son collègue et lui dit ‘ Ici, je me sens bien ; çà me rappelle un film ‘. Gwendal sut immédiatement à quoi Benoît faisait allusion : ‘ Oui, je comprends ‘, répondit-il, ‘ à la différence que nous ne sommes ni aux Etats-Unis, encore moins dans le Montana, et que je ne suis pas Brad Pitt ‘. Se remémorer le film Et au milieu coule une rivière fit sourire Gwendal, tandis que Benoît éclata d’un rire sonore, qui, étant donnée la proximité du corps de Richard, aurait pu passer pour une hilarité des plus sadiques.
La dépouille continuait de flotter sur l’eau. Les deux garçons appréciaient le moment. Ils étaient en présence d’un cadavre, avaient séché une journée de cours. L’aventure était des plus excitantes.
Soudain, Benoît retira d’une poche de sa salopette rouge un petit couteau suisse, et de son sac-banane un morceau de pain. Gwendal ouvrit de grands yeux :
‘ - La situation actuelle te donne faim ? ‘, demanda-t-il.
‘ - Tu ne peux pas imager à quel point, Gwen. Je viens juste de réaliser la chance qu’on a ; on vit dans un village minable, peuplé de gens médiocres, mais Dieu merci, il y a la forêt. Cette légende de femme qui réapparaît, puis ce fou qui vit comme une ermite à l’entrée de la partie ouest et dont le corps flotte devant nos yeux … Gwen, si tu savais comme çà m’excite ! ‘.
Benoît était aux anges. Soudain, une lumière blanche mais non-éblouissante sembla sortir du bras droit de Gwendal ; ce dernier ne se rendit compte de rien. Seul Benoît l’aperçut ; il déglutit et lâcha son morceau de baguette ; une femme blonde aux petites lunettes rondes apparut, ses pieds semblant reposer sur le corps de Richard. ‘ Oh, j’hallucine ! ‘, cria Ben. Gwen se retourna et dit ‘ Y a de quoi, effectivement ! La journée est trop géniale ! ‘.
Ben hurla : ‘ Mais, nom de Dieu, regarde devant toi ! Il y a une femme ! Oh, j’y crois pas ! Je suis sûr que c’est Nicole Delagrange ‘ ; Gwendal répliqua sur le champ : ‘ Ben, j’adore ton humour, mais parfois, çà fait du bien quand il s’arrête. Le sans-abri qui vit ici depuis des années est mort, son corps est à deux mètres de nous, on squatte dans le lieu le plus extraordinaire de la planète … Il y a cinq minutes, tu te croyais dans le Montana, et maintenant, je suppose qu’on a subitement été transféré vers Lourdes ? ‘. Ce fut au tour de Gwendal de rire à gorge déployée. Il glissa même de la souche d’arbre sur laquelle il était assis. Cette journée était vraiment sensationnelle. Il devait le reconnaître : Benoît était vraiment son meilleur ami ; d’ailleurs, il n’en avait jamais douté, mais là, étant donnée la situation, il fallait admettre que Ben était le plus grand comique de tous les temps …
Le fantôme de Nicole Delagrange souriait bêtement. Ses dents et ses cheveux étaient éclatants ; Ben pensa que cette femme, si elle avait été vivante et comédienne, aurait très bien pu vanter les mérites d’un célèbre shampooing voire d’un dentifrice. Un rayon de soleil tomba sur les carreaux de lunettes de l’ancienne biologiste, intensifiant la clarté et la luminosité qui émanaient de l’endroit où elle était apparue. Une voix douce et masculine sortit de ses lèvres … Ben sursauta. Le son de la voix était indubitablement celle d’un homme. Etait-ce Dieu qui lui parlait au travers de ce corps aux allures féeriques ? Allait-il recevoir un message divin ? Parallèlement, Gwendal fixait son ami. Les yeux de ce dernier étaient grand ouverts et ne clignotaient plus. Il était en admiration face à la femme à la voix d’homme, tandis que son copain le regardait de la même façon, à la fois choqué et ému par cette expression de béatitude sur le visage de son meilleur ami. Gwendal regardait Ben, qui regardait Nicole Delagrange ; une personne extérieure à la scène aurait pu dire qu’elle assistait à une mise en abîme particulière. On aurait pu penser qu’un jeune garçon était en admiration devant un autre garçon qui l’était encore plus face à un corps inerte, flasque et imbibé d’eau. Mais la réalité était tout autre …
‘ Que se passe-t-il, Ben ? ‘, murmura Gwen, ‘ Tu vois quoi ? ‘
Ben ne répondit pas. C’est Nicole Delagrange qui donna une réponse à la question, mais ce ne fut pas celui qui avait posée la question qui l’entendit :
‘ Benoît Racaille, tu es quelqu’un de très important ‘
Des larmes coulèrent sur les joues de Benoît. Il était très rare qu’on lui parle aussi gentiment. Il avait envie d’acquiescer, de crier ‘ Oui, Madame !’ ou encore ‘ Je vous crois, Madame ! ‘ mais aucun mot ne sortait de sa bouche. Gwendal ne comprenait rien ; il tournait sa tête vers la gauche, mais, à part le corps du vieux Richard, il ne vît rien ; il se mit à crier :
‘ Arrête, Ben, çà suffit ! Tu ne me fais pas rire ! C’est idiot ! ‘.
Soudain, Ben s’agenouilla et se mit à faire le signe de croix en continu. Gwendal leva les yeux au ciel et décida d’aller chercher de l’aide. Deux secondes plus tard, il trébuchait sur le morceau de pain que Ben avait laissé tomber auparavant. Il regarda sa main droite ; il ne sentait rien mais l’on aurait dit qu’il y avait un trou béant dans sa paume. Du sang coulait à flot. Néanmoins, Gwen ne ressentait aucune douleur. Il se mit à courir dans l’immense forêt mais paniqué, se rendit compte qu’il n’était plus en mesure de retrouver la sortie. Il avait l’impression d’avoir des hallucinations : il n’aurait su dire s’il y avait vraiment du sang qui jaillissait de sa main, de même qu’il n’aurait su retrouver le chemin par lequel Ben et lui étaient arrivés. Sa vue se fut trouble ; on aurait dit que le paysage changeait de place, et que le décor se mouvait à mesure qu’il se décidait pour telle ou telle direction. Il craignait la folie, ou était-ce la forêt qui avait ce pouvoir ?
Les larmes aux yeux, il décida de rebrousser chemin ; lorsqu’il se retourna, il réalisa qu’il y avait beaucoup plus d’arbres qu’auparavant autour de lui ; il se mit à tournoyer sur lui-même, terrifié et déboussolé. Ses yeux humides fixaient les branches, et à chacune de ces branches pendaient des cordes, au bout desquelles des corps de jeunes enfants sans vie flottaient au vent. Gwendal s’assit en tailleur, se prit la tête dans les mains ; cela ne faisait aucun doute ; il devenait fou ! Le lieu était certes hanté, mais il était de surcroît maudit !
Gwendal et Ben étaient dans un autre monde ; le premier flirtait avec les méandres de son esprit tourmenté, quand Ben accédait à une communication avec une force supérieure, une expérience qui installerait sans aucun doute dans le futur une Foi illimitée autant dans son cœur que dans son âme.
Gwendal reconnaissait petit à petit les filles et les garçons pendus aux arbres : c’étaient les élèves de sa classe ! Oui, tous ces jeunes ados qui se moquaient de lui à longueur de journée étaient là, morts, tout simplement car au fond de lui, c’est ce qu’il désirait. De même, avec Ben, ils avaient voulu voir quelque chose d’extraordinaire, et ils avaient été servis, puisque le corps de Richard leur avait été offert comme sur un plateau. Mais Richard était-il vraiment mort ? Etaient-ce la forêt et la rivière qui jouaient avec notre raison ? Comment se faisait-il que lorsqu’on y était, nos désirs les plus morbides se réalisaient ? Comment se faisait-il que Gwen voyait justement les personnes qui le répugnaient pendus à des arbres ? Et pourquoi Benoît entendait-il une voix qui lui rappelait qu’il était quelqu’un de bien ?
Gwendal décida qu’il devait en avoir le cœur net ; il était nécessaire qu’il sache et donc qu’il voit de ses propres yeux si Richard était réellement décédé. Pour cela, il suffisait de revenir à son point de départ, là où Benoît était prosterné, faire quelques pas dans l’eau et toucher le corps. C’était la seule façon de savoir s’il s’agissait d’un vrai corps ou d’une hallucination visuelle.
Soudain, Gwen entendit la voix de Ben :
‘ Gwen, où es-tu ? Gwen ? ‘
Gwen répondit machinalement ‘ Je suis là ! ‘ mais si son ami avait rajouté une question du genre ‘ Où çà ? ‘ voire ‘ A quel endroit de la forêt ? ‘, il aurait été incapable de donner quelque précision que ce soit. Ben parvint enfin à hauteur de son camarade :
‘ Gwen ‘, hurla-t-il, ‘ C’est le plus beau jour de ma vie ‘
‘ Pas moi ‘, répliqua Gwendal, ‘ En ce qui me concerne, je vois tous les gens que je n’aime pas morts et pendus à des saules ‘.
‘ Quant à moi, une créature de rêve m’a vanté toutes mes qualités ; j’ai le privilège de vous annoncer, Monsieur Gwendal Fantaisie, que voilà quelques années, vous vous êtes liés d’amitié avec un être de bonté, un être d’exception, un être d’amour et de perfection hors du commun ‘.
‘ Mais que voyais-tu donc ? ‘
‘ Nicole Delagrange, voyons ! ‘
‘ Alors, elle est vraiment morte ? ‘
‘ Apparemment ‘, répliqua Ben ; ‘ En tout cas, le Paradis n’a pas altéré ses capacités de jugement … Du moins, il me semble … ‘
‘ Ben ‘, poursuivit Gwendal, ‘ il est impossible que toute la classe de troisième technologique soit décédée ; çà, je le comprends bien ; Nicole Delagrange a disparu il y a environ cinq ans et la police n’a pas retrouvé son corps : j’en conclus donc que, depuis le temps, elle est bien morte … Mais j’ai des doutes concernant Richard Bosquet ‘.
Gwendal décrivit ses précédentes visions à son ami et d’un commun accord, les deux compères décidèrent de retourner près du tronc d’arbre aux abords de la rivière. Subitement, il se mit à pleuvoir, et c’est trempés qu’ils arrivèrent sur le lieu où quelques temps auparavant, le spectre de Nicole Delagrange, ancienne biologiste, avait fait signe au petit Benoît dans un halo de lumière des plus envoûtants. La pluie tombait de plus en plus dru. Les deux jeunes hommes redoutaient que le corps de l’homme résidant jusqu’à présent dans la forêt ait été entraîné par le courant. Aveuglés par l’eau tombant du ciel et rendus sourds face aux gouttes et aux grêlons frappant le cours d’eau, Gwen et Ben n’avaient ni le temps ni la possibilité d’écouter les clapotements émanant de la rivière …
Le corps du vieux Richard Bosquet n’avait pas bougé. Les deux garçons le distinguaient difficilement mais chacun d’entre eux était convaincu de son existence ; et ils ne se trompaient pas … Ben plongea dans la rivière et tendit les mains à l’aveuglette, espérant rentrer en contact avec une partie du corps de Richard. Les doigts de Benoît agrippèrent la barbe du vieux misérable ; Ben tira de toutes ses forces mais, ayant buté sur une touffe de mousse extrêmement volumineuse, il lâcha prise et se retrouva avec entre les doigts deux poils de barbe … En dérapant, il avait légèrement poussé le corps sans vie vers le centre de la rivière, mais, sous la pluie battante, il fit une nouvelle tentative. Il joignit ses deux mains et se jeta en avant, puis, à l’aide de son bras gauche, attrapa la ceinture du vieil homme ; ce fut d’ailleurs un pur hasard si le bras gauche de Ben atteignit la ceinture, et non pas la chaussure ( voire encore rien en rapport avec le défunt ), de Richard. Puis il cria à Gwen de l’aider ; Ben nagea en arrière à l’aide de son bras droit tout en tirant le corps de Richard. Gwendal ne voyait rien, quand soudain, une grande lumière se présenta à ses yeux : la femme blonde aux petites lunettes rondes lui ordonna de diriger sa main vers la droite, et disparut ; il le fit et qu’elle ne fut pas sa surprise de rentrer presque immédiatement en contact avec Ben. Puis, la pluie cessa. Ben et Gwen ramenèrent le corps sur la berge. Ben sauta sur le thorax de Richard et de l’eau jaillit tel un geyser de la bouche de ce dernier :
‘ Tu vois, idiot, qu’il est bien mort ! ‘, hurla Ben tout en éclatant de rire.
‘ Effectivement ‘, dût reconnaître Gwendal, ‘ Néanmoins, on ne sait pas s’il s’est noyé, s’il s’est suicidé ou s’il a été assassiné ! ‘
‘ Je crois que j’ai la réponse ‘, marmonna Ben.
‘ Vraiment, tu es policier maintenant ? ‘
‘ Non, mais Nicole m’a tout expliqué ‘.
Ahuri, Gwendal attendait la suite. Non seulement son ami semblait avoir vu Nicole Delagrange, mais en outre, cette dernière lui avait naturellement expliqué la mort de Richard Bosquet. Il attendait l’explication avec impatience :
‘ Je t’en prie, Ben. Révèle-moi ce que tu sais ! ‘
‘ Pas de problème, mon pote. Comme je te l’ai déjà dit, près de la rivière, j’ai vu une femme ; elle m’a énormément complimenté et … Ce que tu ignores, c’est qu’elle s’est présentée comme une biologiste du nom de Nicole. Elle m’a dit qu’elle avait été attaquée et violée voilà cinq ans à l’endroit même où nous nous préparions à pique-niquer et que son violeur l’avait ensuite battue à mort. Il s’est amusé à coupé son corps en plusieurs morceaux, puis a enterré chaque morceau à différents endroits de la forêt ; ce violeur était Richard Bosquet, qui rôde ici depuis des décennies. Or, comme le corps de Nicole n’a jamais été retrouvé, sa mort n’a jamais été officiellement déclarée et çà n’est devenu qu’une simple disparition ; par conséquent, le vieux Richard n’a jamais été inquiété. Seulement voilà : on est le 23 septembre 2010 et cela fait cinq ans jour pour jour que Nicole a été violentée. Ce matin, elle a décidé, de là où elle se trouve et avec l’aide d’amis de Là-Haut, pour ne pas dire avec l’aide de Dieu, de se venger … Cette mort ne sera jamais expliquée elle non plus, Gwen ‘
‘ Mais tu délires complètement, Ben ‘, ironisa Gwendal, ‘ Certes, l’histoire se tient, mais comment allons-nous faire pour faire comprendre cela aux autres ? ‘
‘ On n’aura pas à le faire. Le décès sera officiellement considéré comme une noyade. Mais Nicole aura sa vengeance ; quant à nous, on répétera à qui voudra l’entendre que Richard avait tué Nicole ‘
‘ Mais on va nous prendre pour des fous ! ‘
‘ Peut-être bien, oui. Du moins certains le feront, certainement. Mais peut-être aussi que non … N’y a-t-il rien de pire qu’une rumeur qui soulève le doute ? ‘
La pluie avait complètement cessé. Nicole n’était pas ré-apparue. Tout était presque comme à leur arrivée. Le corps sans vie de Richard stagnait à proximité du pied gauche de Ben, et ce dernier ne put s’empêcher de donner un coup de pied dans les testicules du défunt.
‘ Tiens, prends çà, salaud ! ‘
Soudain, Vencezlas Alanich, le prof de théâtre d’origine russe, accompagné de Madame Durand, l’épicière, arrivèrent à hauteur des deux garçons en courant. L’école avait appelé les parents des deux jeunes hommes et très vite, le village tout entier était parti à leur recherche.
‘ Mais que faîtes-vous là, chenapans ? ‘, cria la grosse Evelyne Durand, dont le son de la voix trahissait une inquiétude refoulée depuis de nombreuses heures …
Ben et Gwen se jetèrent un regard, se firent un clin d’œil, et d’un commun accord silencieux ( car les deux copains savaient très bien qu’ils venaient d’avoir la même idée en même temps ) simulèrent une grosse crise de larmes.
‘ On … On … a … a … trou … vé … un … co … co … reuh ‘.
Tout se passa comme sur des roulettes. Madame Durand fut des plus compatissantes. Monsieur Alanich conduisit les deux adolescents chez un médecin … Mais une autre rumeur allait s’étendre à très grande vitesse, car Madame Durand, très pipelette dans son épicerie, et ce, à toute heure, allait se charger de transformer Benoît Racaille et Gwendal Fantaisie en héros. Non pas des héros d’un jour, mais des héros pour toujours …













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sylvain.le.braz
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MessageSujet: folles vacances   Dim 8 Mai - 17:03

Je vous avais promis :
' le journal de stanley scarfel '
' mort à l'hôtel '
' passion mortelle '
' la rivière '
' le carnet '
ces nouvelles font donc partie du recueil ' meurtres, et plus si affinités '

Elles sont donc également sur ce topic

Quand au livre ( j'ai écrit trois livres ) ' meurtres, et plus si affinités ' est en vente sur édilivre, alapage, rueducommerce, chapitre, etc ...

http://www.edilivre.com/doc/22202

Le plus simple est encore d'aller sur amazon

Cependant, une autre nouvelle me tient à coeur ; ce recueil contient 19 nouvelles mais toutes ne sont pas vraiment des nouvelles car certaines sont autobiographiques, d'autres ressemblent à des correspondances. Je ne les livrerai donc pas toutes sur ce topic ; néanmoins, une dernière nouvelle me tient à coeur, et peut peut être aider certaines personnes à révéler leurs penchants, je pense ; certains ne l'aimeront pas, certainement ; néanmoins je vous en fais part ...


Il s'agit de ' folles vacances '


Voici donc la dernière nouvelle ( dernier extrait ) que je vous livre :










Folles vacances :








Pierre et Jeannette étaient assis en tailleur à côté de leur caravane. Dès lors qu’ils avaient eu fini d’élever Rémy, ils s’étaient promis de s’offrir trois semaines au ‘ camping des alouettes ‘. L’accueil avait été des plus parfaits : Clothilde, qui s’occupait des entrées et des sorties, était vraiment charmante ; Pierre la connaissait car il avait été son professeur d’anglais lorsque cette dernière était encore au lycée. Pierre avait utilisé toutes ses économies pour payer les études d’ingénieur de Rémy. Quant à Jeannette, elle n’avait jamais travaillé.
Jeannette était toute excitée. Aujourd’hui, Abdel, l’animateur, avait décidé de leur faire faire une chasse au trésor. A soixante-deux ans, Jeannette avait gardé son âme d’enfant ; le but était de retrouver des pièces de monnaie dans différents endroits du camping. C’était seulement le deuxième jour de vacances pour Jeannette et son mari, et déjà, les activités avaient l’air extrêmement excitantes. Jeannette entreprit donc de s’inscrire.
Elle se dirigea vers la maisonnette où se trouvait le petit bureau d’Abdel ; elle croisa un vieil homme avec un rouleau de papier toilette à la main, et toute guillerette, parvint au ‘ bureau des activités ‘. Abdel n’était pas là ; la pièce était minuscule et ne comportait que deux chaises et une petite table sur laquelle trônaient un téléphone et un ordinateur. Jeannette s’aperçut immédiatement que l’appareil était muni d’une connexion internet ; elle pensa l’espace d’une seconde à envoyer un e-mail à Rémy mais se rétracta. Cependant, son envie d’utiliser l’ordinateur devenait de plus en plus irrésistible …
Jeannette ne connaissait rien en informatique ; d’ailleurs, elle ne connaissait rien à rien ; son mari faisait tout pour elle ; d’autre part, c’était lui qui avait travaillé sa vie durant … Elle n’avait jamais mis la main à la pâte. Pierre était excellent en anglais – elle ne parlait que le français ; Pierre était excellent en bricolage – elle cassait tout sur son passage ( Pierre avait même parfois peur de la laisser faire la vaisselle ) ; Pierre savait se servir de l’outil informatique – elle avait crié quand il lui avait dit qu’il y avait une souris à côté de l’appareil !
Elle prit soin de fermer la porte et s’installa dans le fauteuil d’Abdel. Comme cela devait être agréable d’organiser des activités pour les autres, pensa-t-elle ; puis, elle entendit un bruit ; elle se leva brusquement, de peur d’être prise la main dans le sac et, gauche comme à son habitude, appuya malencontreusement sur plusieurs touches du clavier en se relevant … Un message apparut à l’écran, en grosses lettres rouges : ‘ Jeannette Pichavant sera dans la douche numéro 10 ‘. Jeannette ouvrit de grands yeux. Des bruits de pas approchaient. Elle se baissa et se cacha sous le bureau.
Abdel franchit la porte et s’assit à son bureau. Jeannette se recroquevilla et réalisa à quel point les pieds du jeune arabe sentaient mauvais. Cependant, il ne remarqua pas sa présence. Elle dut patienter un quart d’heure avant que le jeune homme quitte enfin la pièce ; puis elle se releva. Sur l’écran, en dessous de la première phrase qu’elle avait aperçue tout à l’heure, elle put lire ‘ Pierre Pichavant sera dans la machine à laver numéro 5 ‘.
Jeannette commençait à se poser des questions ; ce jeune animateur n’avait donc rien d’autre à faire qu’écrire des absurdités sur les pensionnaires du camping ? Elle prit la résolution de rejoindre son mari à leur caravane ; c’est à ce moment-là que son téléphone portable sonna : c’était Rémy !
‘ Allô, mon chéri ! Comment va la vie à Lyon ? ‘
‘ Très bien, maman. Figure-toi que je dois monter à Paris pour le travail. Deux semaines à partir de lundi. ‘
‘ Oh, mais c’est fantastique ! ‘, répliqua Jeannette, ‘ Où vas-tu loger ? ‘
‘ Ne t’inquiète pas, je dormirai chez Yannick C’était juste pour te prévenir ‘.
Puis, après avoir écouté les quelques recommandations de sa mère, Rémy mit fin à la communication. Jeannette ne connaissait pas ce Yannick et aurait été sans doute choquée d’apprendre que la nuit, ce dernier se nommait Marina. L’homosexualité et le début de la relation entre Yannick et Rémy était inconnue de Jeannette Pichavant. Seul son mari était au courant.
Jeannette rangea son portable dans son bermuda kaki et partit en courant en direction de la caravane. Elle ne souffla mot à son mari ni de la conversation avec son fils ni des phrases étranges lues sur l’écran d’ordinateur d’Abdel. Elle ne voulait en aucun cas recevoir de réprimandes de son mari pour s’être introduite de la sorte à l’intérieur du bureau ; en outre, cela faisait à peine deux jours qu’ils étaient là, ils avaient encore tellement d’affaires à installer que ce n’était vraisemblablement pas le bon moment pour jouer les touristes suspicieux vis-à-vis de l’animateur du camping.
Pierre questionna sa femme sur son inscription à la chasse au trésor ; cette dernière esquiva la question en posant un langoureux baiser sur la joue de son époux, mais réalisa qu’elle ne s’était toujours pas inscrite ; elle mentit effrontément en inventant qu’elle était restée discuter avec une anglaise qui ne trouvait plus l’emplacement de sa tente, et que, de ce fait, elle avait perdu la notion du temps et avait complètement omis de mettre son nom sur la liste des participants à la chasse au trésor.
‘ Mais tu ne connais pas un mot d’anglais, ma puce … Comment as-tu fait ? ‘, ironisa Pierre.
Elle répondit qu’elle s’était exprimée par le biais de signes et rentra à l’intérieur de la caravane.
La chasse au trésor ne commençait que dans quatre jours, c’est-à-dire le samedi de la première semaine de vacances de Pierre et Jeannette. Cela laissait le temps à tous les participants, primo, de s’inscrire, secundo, de faire connaissance, et tertio, de repérer un peu les lieux où des pièces de monnaie pouvaient éventuellement être dissimulées.
Pierre, laissant sa femme déballer les dernières affaires, partit à la conquête du camping ; il s’extasia devant les robinets d’eau non-potable installés tous les cinq mètres, admira la beauté des petits bungalows en bois situés à l’entrée, s’amusa à suivre les allées gravillonnées sur lesquelles ses tongs faisaient un bruit de crapaud que l’on écrase à chaque fois qu’il faisait un pas ; la journée était magnifique : le soleil brillait et il parvint rapidement au niveau d’un groupe de trois personnes qui jouait à la pétanque.
‘ Bonjour ! ‘, hurla-t-il d’un air chantonnant.
‘ Bonjour ‘, répondirent en chœur la vieille femme, son mari et leur petit-fils, dont le visage poupin vira à l’écarlate en s’apercevant que le monsieur en tongs venait d’écraser le cochonnet.
‘ Moi, c’est Pierre ‘
La vieille femme répliqua que, elle, c’était Germaine, que son mari, c’était Ernest, et que leur petit-fils, c’était Antoine. Guilleret, Pierre continua son chemin. Il parvint au niveau de la piscine mais se rendant compte qu’il n’avait pas son maillot de bain, décida de revenir sur ses pas. Un homme dont le slip de bain ressemblait étrangement à un string de femme lui fit signe de la main ; Pierre s’approcha et se rendit compte que le jeune homme velu n’était autre qu’Abdel. Il réfréna une irrésistible envie de rire et fit un signe discret de la main. Apparemment, en ce mardi après-midi, l’animateur avait décidé d’organiser une demi-journée ‘ piscine ‘.
Puis, Pierre réalisa qu’il avait le désir subit de lire un livre en anglais. Il décida de se rendre au bureau des entrées afin de demander à Clothilde si le camping était muni d’une bibliothèque. Il longea à nouveau les petites maisonnettes en bois qui faisaient penser à des mini-chalets de montagne et parvint au lieu de travail de Clothilde. Cette dernière avait un combiné téléphonique à la main droite dans lequel elle parlait en anglais, et un autre à la main gauche dans lequel elle parlait en espagnol. Pierre se mit naturellement à utiliser la langue qu’il avait enseignée pendant quarante ans et dit ‘ Can I ask you something, please ? ‘. Le visage de Clothilde s’illumina à la vue de son ancien professeur d’anglais, auquel elle répondit naturellement : ‘ Yes, Sir. A moment, please ‘. Clothilde posa l’un des combinés, passa furtivement sa main dans sa chevelure bouclée et dorée, puis abrégea sa conversation en espagnol pour se tourner vers l’homme aux tempes grisonnantes qui l’avait poussée à entreprendre des études linguistiques quelques années auparavant :
‘ Monsieur Pichavant, que puis-je donc faire pour mon teacher préféré ? ‘
Pierre s’enquit de la présence d’une bibliothèque. Clothilde lui signifia que les seules lectures en langues étrangères étaient les brochures qui se trouvaient devant elle. Déçu mais penaud, Pierre retourna à la caravane.
Jeannette n’avait pas bougé. Elle sortit la tête par l’entrée de la roulotte et, heureuse que son mari soit de retour, lui sauta dessus ; ce dernier tituba et tomba en arrière, sous les yeux ébahis du petit Antoine, caché derrière les bosquets séparant chaque emplacement.
Pierre, asphyxié sous les flots de baisers de sa compagne, se releva et résuma sa petite escapade. Apprenant qu’Abdel était à la piscine, Jeannette décida de s’y rendre afin de prévenir le maghrébin qu’elle voulait à tout prix faire partie des chercheurs de pièces de monnaie.
Ce fut donc au tour de Jeannette de fouler les allées en direction de la piscine, laissant Pierre sur une chaise longue devant la caravane. Elle arriva à hauteur d’Abdel et procéda oralement à l’inscription de son époux et à la sienne.
Les jours suivants se firent très calmes, si ce n’est que des bruits étranges arrivaient à leurs oreilles pendant la nuit. Pierre et Jeannette profitaient de leurs vacances et faisaient leur vie. Ils avaient néanmoins l’impression que beaucoup moins de personnes venaient leur adresser la parole. Le terrain de camping était presque silencieux dans la journée et Pierre et Jeannette se disaient, que s’il en était ainsi dès la première semaine, le séjour risquait d’être très reposant. Les quatre jours jusqu’au samedi durant lequel devait avoir lieu la chasse au trésor avancèrent lentement ; Pierre et Jeannette entendirent des sons mystérieux dans la nuit de mardi à mercredi, puis dans celle de mercredi à jeudi et ainsi de suite jusqu’au samedi. Jeannette questionna Abdel sur les bruits entendus au cours de ces quatre nuits et ce dernier lui répondit que parfois des jeunes faisaient la fête dans le champ jouxtant le terrain où se trouvait la caravane des Pichavant. Il ne fallait donc en aucun cas s’inquiéter.
L’état d’esprit de Jeannette était un peu morose en ce matin du samedi 10 juillet 2010. Certes, la perspective de participer à la récolte de pièces de monnaie l’enchantait, mais elle avait cette impression étrange que ses connaissances la rejetaient, lui tournaient le dos ; ainsi, personne ne venait à sa rencontre pour ensuite se rendre au bureau d’Abdel, point de départ de la chasse au trésor … Elle avait un mauvais pressentiment ; est-ce que, dans ce camping, tout le monde la détestait ? Est-ce que, dans ce camping, tout le monde la haïssait tellement que plus personne ne désirait jouer avec elle ? Est-ce que, dans ce camping, tout le monde avait décidé de l’exclure ?
Jeannette avait envie de pleurer ; elle était seule devant le bureau des entrées ; certes, Pierre et elle ne s’étaient pas fait une multitude d’amis en si peu de jours, mais elle espérait tout de même que ces quatre personnes – Clothilde, Germaine, Ernest et le petit Antoine – seraient là pour ramasser des pièces de monnaies ; après tout, pensa-t-elle, plus on est de fous, plus on rit !
Pierre s’était absenté pendant la nuit ; elle ne l’avait donc pas vu ce matin et avait fini par prendre son petit-déjeuner toute seule ; elle avait rendez-vous à neuf heures avec Abdel, il était neuf heures et six minutes, la porte du bureau d’Abdel entrouverte, mais personne – même pas Pierre – à l’horizon … Jeannette était seule de bon matin à l’entrée du camping …
Elle se tourna et vit qu’il y avait une feuille de papier scotchée au centre de la porte du bureau ; elle lut : ‘ La première pièce est imbibée d’eau ‘. Un sourire éclaira son visage … ‘ Que suis-je bête ‘, pensa-t-elle, ‘ En fait, le jeu a déjà commencé et la première énigme est sur la porte. Je comprends maintenant pourquoi il n’y a personne. L’énigme semble simple. Il faut se diriger vers des endroits où il y a de l’eau … Les sanitaires, les points d’eau tous les cinq mètres, la piscine … Que suis-je bête ! Ils sont partis avant moi et je suis en retard ! ‘.
Jeannette se mit à courir. Elle passa derrière le plongeoir de la piscine et s’approcha de l’eau. Elle se mit à crier … Un corps flottait à la surface de l’eau. Immédiatement, elle plongea dans le bassin et ramena le corps à l’extérieur de la piscine ; elle voulut faire du bouche-à-bouche à la vieille femme mais ne savait pas comment s’y prendre ; Jeannette n’avait pas son brevet de secourisme : Jeannette ne savait rien faire …
Jeannette voulut appeler à l’aide ; mais le camping était désert ; certes, il n’était que neuf heures du matin et peut-être que la plupart des pensionnaires n’était pas encore réveillée, mais Jeannette pressentait un autre scénario. Il semblait que tout le monde avait fui … Il y avait peut-être un meurtrier dans le camping et tous les campeurs en avaient été avertis et avaient fui … Jeannette était prise de panique ; sa main tremblait comme si elle était atteinte de la maladie de Parkinson … Elle respira profondément, puis se pencha sur le corps inerte de Germaine ; il semblait qu’il était trop tard. Puis Jeannette se rendit compte que la main de la vieille femme serrait un petit objet rond … Elle tira énergiquement sur les vieux doigts qui craquèrent l’un après l’autre, et une pièce de vingt cents tomba …
Jeannette était abasourdie ; jamais elle n’aurait cru que c’était un corps qu’elle allait trouver en participant à la chasse au trésor. Puis elle se remémora le jour où elle était rentrée dans le bureau d’Abdel et avait lu sur l’écran de son ordinateur les phrases ‘ Jeannette Pichavant sera dans la douche numéro 10 ‘ et ‘ Pierre Pichavant sera dans la machine à laver numéro 5 ‘.
Une idée lui traversa l’esprit : il y avait un meurtrier au camping et la chasse au trésor consistait à retrouver les corps !
Jeannette voulait en avoir le cœur net. Elle se précipita vers les sanitaires et plus précisément vers les machines à laver. Elle ouvrit la machine numéro 5 : elle était vide ! Pendant l’espace d’une demi-seconde, Jeannette se sentit soulagée … Elle ne savait pas très bien où était Pierre, mais au moins, il n’était pas mort dans une machine à laver ! Un son hystérique sortit de sa bouche ; les sanitaires était très proches du bureau d’Abdel ; elle se décida à y retourner …
Elle se jeta sur l’ordinateur, secoua l’écran avec ses mains, mais dans la panique, le fit tomber parterre. Il se fendit en deux et Jeannette ne put rien voir de ce qui pouvait éventuellement être écrit en lettres rouges … Elle se mit à pleurer et son regard se tourna vers le combiné téléphonique ; elle décida d’appeler la police mais la ligne était coupée ; elle se dirigea vers le bureau de Clothilde où toutes les lignes étaient également coupées. Elle pensa ensuite à utiliser son portable, qu’elle n’utilisait généralement uniquement que pour appeler Rémy, mais il n’était pas dans sa poche ; elle était pourtant sûre de l’avoir fait passer de son bermuda kaki au jean délavé qu’elle portait aujourd’hui … Peut-être Pierre le lui avait-il emprunté ? Cela paraissait impossible, car il avait lui-même un téléphone mobile personnel …
N’ayant pas le temps de réfléchir à l’endroit où pouvait se trouver son téléphone, Jeannette fouilla le bureau de fond en comble. Puis elle se retourna et vit écrit avec du rouge à lèvres sur la vitre de l’unique fenêtre de la pièce ‘ Rendez-vous à la douche numéro 10 ! ‘.
Jeannette sursauta ; çà y est, c’était la fin ! La première phrase qu’elle avait vue quelques jours plus tôt sur l’ordinateur disait ‘ Jeannette Pichavant sera dans la douche numéro 10 ‘ ; ‘ Oh, mon Dieu ‘, hurla-t-elle, ‘ Abdel va me tuer dans la douche numéro 10 ! ‘. Elle se mit à pleurer quand soudain, le téléphone sonna dans la petite pièce … Elle décrocha :
‘ Je … Je … ne comprends pas … ‘, balbutia-t-elle, ‘ Les lignes sont coupées ‘
Pierre était à l’autre bout du fil et dit :
‘ Comment çà va, ma chérie ? ‘
‘ Pierre ! Oh, Pierre ! Où es-tu ? ‘
Ce dernier ricana et susurra :
‘ Dans la douche numéro 10, mon amour ! ‘
Jeannette cria : ‘ Quooooi ? Comment ? ‘
Pierre passa le téléphone à son fils Rémy :
‘ Salut, man …Alors, ces vacances ? ‘
Jeannette ne comprenait plus rien ; d’ailleurs, elle n’avait jamais rien compris de sa vie ; comment se faisait-il que Pierre et Rémy soient ensemble ? C’était tout simplement invraisemblable. Jeannette était aux bords de la crise d’hystérie : ‘ Rémy, où es-tu ? ‘, blatéra-t-elle. Ce dernier se mit à rire, puis le rire d’Abdel se fit entendre ; le jeune arabe et le jeune ingénieur répondirent en chœur : ‘ Dans la douche numéro 10, Jeannette ‘.
Jeannette retourna vers les sanitaires. Toutes les personnes qui ces quatre derniers jours semblaient avoir disparu étaient regroupées devant les douches : Clothilde, pétillante, riait de bon cœur ; Abdel et Pierre se tapaient respectivement sur l’épaule ; le petit Antoine tirait sur le pantalon de son grand-père et, à la surprise de Jeannette, Germaine suçait un bâton de glace, appuyée contre un lavabo.
‘ Mais, Germaine, vous êtes morte ! ‘, hurla Jeannette.
Cette dernière sourit et répondit : ‘ Oh non, ma chère, mon heure n’est pas encore arrivée. C’était une blague pour vous faire comprendre quelque chose. ‘
‘ Mais j’ai vu votre corps ! ‘, continua Jeannette.
‘ C’était un faux, ma chère, fabriqué depuis plusieurs jours par un jeune ingénieur des plus charmants, ce même ingénieur qui semble avoir quelque chose à vous dire, ma chère ‘.
Rémy sortit, habillé en costard-cravate, de la douche numéro 10. Il tenait par la taille un jeune garçon efféminé qu’il embrassa sur la bouche ; puis il se tourna vers sa mère et dit :
‘ Salut, man. Je te présente mon petit-ami, Yannick. Avec papa et l’équipe du camping, on a organisé cette mascarade pour te faire comprendre qu’il y a pire que l’homosexualité dans la vie.’.
Pour la première fois de sa vie, Jeannette comprit la situation immédiatement ; son mari n’était pas mort, son fils était homo, Abdel n’était pas un meurtrier … Personne n’était décédé … C’était merveilleux ! La vie était trop belle ! En plus d’être en vacances, elle était avec son fils et son mari, les deux hommes de sa vie … Elle affirma à elle-même en pensées que si Rémy lui avait révélé son attirance pour les garçons de façon conventionnelle, elle ne l’aurait premièrement pas cru, et comme à son habitude, n’aurait deuxièmement rien compris … Elle était tellement fière de ses deux hommes … Des larmes de joie coulèrent sur ses joues et elle prit Rémy, Yannick et Pierre dans ses bras ; elle les enlaça, les embrassa l’un après l’autre et murmura un timide ‘ je vous aime ‘ …













Merci de m'avoir lu
Vous présentez certaines de mes nouvelles était aussi une façon de me présenter ...
Merci à vous
Bon dimanche férié ( eh oui, les jours fériés du mois de mai tombent des dimanches cette année ... snif, snif )
Amicalement
sylvain
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Dim 8 Mai - 19:05

Je viens de lire la rivière, je me suis régalée, , c'est un très bon texte.
Je n'ai pas le temps de lire : Folles vacances : mais dès que je l'aurai je te dirai ce que j'en pense.
Merci pour ses supers lectures.
Et bonne fin de journée.
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Lun 9 Mai - 23:53

ok, pas de problème, doux bonbon de sucre fondu et roussi !
prends tout ton temps
bonne journée ( ou bonne soirée ) à toi aussi !
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Mer 11 Mai - 10:28

J'ai adoré Folles vacances :
Je ne m'attendais pas du tout à ça,
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MessageSujet: Re: Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum   Aujourd'hui à 8:56

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Sylvain, 30 ans, auteur amateur et nouveau sur ce forum
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