La lampe de Chevet

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 la boite

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AuteurMessage
kd_zoh
Elève
Elève


Nombre de messages : 13
Date d'inscription : 12/04/2009

MessageSujet: la boite   Dim 19 Avr - 19:32

[b]Merci les amis. Et si vous avez encore un peu de patience, je vous propose cette nouvelle fantastique:
[/b]




La boite

Depuis quelques mois, ma vie connaissait de profonds changements. Un véritable bouleversement. Et ce fut tellement brusque et étrange que je me trouvai dans l’incapacité de donner une explication rationnelle à ce qui m’arrivait. Ma passion pour l’argent, pour les aventures amoureuses, les nuits folles, l’alcool, les voyages incessants dans les régions les plus reculées du monde à la recherche des plaisirs les plus fous, la gaieté, la quête de la gloire et du prestige, la volupté de se sentir au-dessus de tous ; tout cela s’était brutalement estompé puis effacé cédant la place à une vie rangée, tout à fait monotone. J’étais la plupart du temps enfermé dans ma chambre ou dans le salon, en face de la cheminée, ou dans le jardin, à dévorer les livres d’histoires, ce qui n’était nullement dans mes habitudes, à chercher je ne sais quoi dans les encyclopédies anciennes. Le reste du temps, je parcourais les musées, les brocantes, les sites historiques ; bref, tout endroit capable de me faire plonger dans le passé. Je sentais une attirance inexplicable pour tout ce qui était ancien. Je m’habillais donc à l’ancienne mode et collectionnais les objets les plus insolites qui dataient de cinquante, cent ans jusqu’à des milliers d’années. Je m’étais acheté un vieux château que j’avais transformé en un véritable musée. Je parcourais le monde dans l’espoir de revivre l’histoire : les pyramides de Ghiza, la muraille de Chine, le Colisée de Rome, le colosse de Rhodes, l’Acropole d’Athènes, les pyramides de teotihuacan au Mexique les merveilles de l’architecture arabe d’Andalousie( l’Alhambra, Al cāzar de Jerez de la Frestara, la grande mosquée de Cordoue), la Mecque, les grands musées, les vieux châteaux d’Angleterre, d’Allemagne, de Hollande ou de France (Vincennes, Versailles…) sont autant des destinations que je prisais.
Un jour, j’entrai dans une brocante, rue Ben M’hidi à Alger. Avant, je passais très souvent par là, mais j’avoue que rien n’attirait vraiment mon attention dans cet endroit. Je me promenais donc à l’intérieur gratifiant mon regard des belles choses qui s’y trouvaient. Il y avait, en effet, des meubles anciens de l’époque médiévale qui s’harmonisaient avec un ameublement oriental digne de celui des mille et une nuits. Il y avait aussi des ustensiles et des objets décoratifs provenant de différentes régions du monde et de différents ages, disposés sur les étals avec une telle délicatesse à tenter le plus réticent des visiteurs. Je faisais ma prospection, comme d’habitude, avant de passer à l’achat, quand j’aperçus, tout à fait par hasard, un objet d’aspect assez bizarre qui semblait détaché de la multitude d’autres objets plus ou moins insolites qui enjolivaient La boutique. C’était une sorte de boite rouge brique, de forme bizarroïde de quelques centimètres de long. Un sentiment étrange fut suivi d’un frisson qui, comme une décharge électrique, traversa tout mon corps à la vue de cet objet. Quelque chose d’inexplicable me poussa vers lui. Je m’approchai, le soulevai délicatement, le tournai et retournai sans trop comprendre à quoi il ressemblait ni à quoi il pouvait servir.
Le brocanteur qui était assis de l’autre côté de la salle semblait s’intéresser à ce que je faisais. Il me suivit des yeux en baissant légèrement les lunettes avec sa main droite, en arborant un sourire, sans pour autant quitter sa chaise longue. C’était un quadragénaire de faible corpulence. Son abondante chevelure noire lui tombait sur les yeux, toutefois elle ne semblait pas le déranger. Il était plutôt occupé à ajuster ses lunettes pour mieux examiner mes gestes.
Je m’approchai de l’homme et lui demandai ce qu’était cette boite-là.
- Je n’en sais absolument rien ! Répondit gracieusement le brocanteur qui avait un léger accent. Cela fait des années qu’elle est là au même endroit et personne n’y a prêté attention. Vous êtes le premier à s’y intéresser. En fait, elle est arrivée ici, il y a une dizaine d’années ; on avait ramené dans ma boutique un lot d’une centaine de pièces toutes aussi insolites les unes que les autres parmi lesquelles il y avait cette boite. J’eus beau essayer de savoir ce que c’était, elle ne dévoila rien de son secret. Et à dire vrai, cela n’avait pas beaucoup d’importance pour moi. Toutefois, je me suis, au fur du temps, habitué à sa présence ; on est devenu amis elle et moi, et je me demande si je puis un jour me séparer de mon petit joujou.
Les propos du brocanteur n’avaient fait qu’alimenter ma curiosité, et mon intérêt pour ce mystérieux objet. Aussi, l’ai-je tourné et retourné maintes fois en l’examinant scrupuleusement et en l’essuyant de mes doigts. Tout à coup, j’aperçus, par hasard, à l’extrémité d’un angle intérieur de la boite, une sorte de voyant, semblable à ceux des appareils photos. Je mis mon œil dessus, cherchai un moment mais ne vis absolument rien. Je secouai la boite ; toujours rien. Je ne me décourageai point pour autant. Je fis passer délicatement mon doigt sur le voyant puis donnai un coup sec à la boite et…. ! Je n’en revenais pas ! Je faillis même laisser glisser l’objet entre mes mains tant je fus frappé par l’ampleur de la surprise : des images commençaient à défiler dans la boite…
Je reconnus mon propre portrait à l’age de six ans quand je faisais ma première rentrée à l’école. Il y avait là « Oncle Brahim », c’est comme ça que nous appelions notre instituteur. Il était au seuil de la porte de la salle une, à nous souhaiter la bienvenue avec son sourire éternel, en tapotant notre joue ; puis à nous faire réciter des comptines toutes aussi belles les unes que les autres. J’étais très heureux de revivre ce moment magique après tant d’années.
Je fis défiler ensuite les images puis m’arrêtai devant celle d’une foule réunie dans le salon de notre ancienne maison pour fêter ma réussite à l’examen de sixième. Il y avait là mes parents, bien sûr, mes tantes, mes oncles, mes deux cousins Smail et Lakhder, ma cousine Abla ainsi que quelques camarades d’école qui faisaient cercle autour de moi en chantant et en dansant dans une ambiance indescriptible.
Je fis défiler encore, et c’est le jour de mes vint ans. On célébrait mon anniversaire. Habillé d’un costume noir très à la mode de l’époque, assorti d’une chemise blanche à fines rayures grises et d’une cravate rouge à rayures horizontales noires, j’étais entouré de mes amis et proches. Je débordais de santé et paraissais sur un petit nuage.
Arrivait ensuite l’image de ma première grande réussite dans le monde des affaires : était présent monsieur Tardelli, un richissime industriel italien, avec qui je signais mon premier contrat de plus de trois millions de dollars. Puis se succédaient des images de belles femmes, des lumières qui scintillaient de partout, des plages paradisiaques, Bora-Bora, Huahine, Varadero, Baie de Babos, Ile Koh Rok, Rio San Rohan…un splendide yacht de plaisance au large d’une mer tout à fait paisible, des chèques d’un montant inimaginable où les zéros n’en finissaient pas, les entreprises que j’avais plantées et les châteaux que j’avais fait construire à mon goût un peu partout dans le monde et qui étaient source de ma fierté et signe de ma puissance… Les images défilaient à toute vitesse, puis, tout à coup, le rythme ralentit et je me vis dans une grande boutique pleine d’objets anciens, entrain de manipuler un petit joujou...
Je cessai un instant de regarder dans la boite. Je me demandai s’il y avait encore des choses à voir ; puis ma curiosité m’incita à replacer mon œil sur le voyant…
C’était encore moi qui évoluais maintenant sur une route d’automne au milieu d’une foule immense, on eut dit une colonie de fourmis. La route s’étendait à l’horizon et semblait interminable. J’allai en précipitant le pas ; je semblais bien appuyé sur mes jambes. Mais à mesure que les images défilaient, j’eus l’impression que je vieillissais, que ma taille haute se courbait, que mes jambes tremblaient, et que j’avais du mal à surmonter mon chemin devenu de plus en plus ardu. Les images se dégarnissaient de tout ce qui les rendait belles et je n’observais plus que la route : plus d’arbres, plus de végétation, plus de montagnes. Rien que la route… La foule, autour de moi, devenait de moins en moins dense jusqu’à ce que je fusse seul sur mon chemin allant je ne sais où.
Je sentis quelque chose qui me serrait à l’entrée de l’estomac à la vue de ces images. J’eus une impression désagréable comme si je venais de sortir d’un horrible cauchemar. Aussi, éloignai-je brusquement la boite et tentai de la remettre là où je l’avais trouvée. Mais les surprises n’en finissaient pas : le décor en face de moi avait totalement changé ; il y avait maintenant, à la place des vieilles assiettes en porcelaine blanches dont les bords étaient mouchetés de poudre d’or, un service de cuisine beaucoup moins ancien. Un peu plus à droite, le cheval de bronze avait disparu, et, à sa place, se tenait une statuette de verre d’une époque beaucoup plus récente. Le bel argentier, LouisXIV, n’y était pas non plus. Il était remplacé par une table d’ordinateur en résine synthétique. Je me retournai en direction du brocanteur mais il n’était plus là, et, à sa place, s’installait sur la chaise longue un autre homme apparemment beaucoup plus âgé. Je parcourrai la courte distance qui me séparait de l’homme en m’appuyant sur tout ce qui me passait sous la main, tant j’avais senti brusquement une fatigue paralysante et un profond malaise. C’était comme si je venais d’arriver d’un long voyage. L’homme, assis sur la chaise longue, était très vieux ; il devait avoir plus de quatre vingts ans. Cependant il avait les mêmes traits que le brocanteur. On eut dit que c’était lui, vieilli de dizaines d’années. Son abondante chevelure argentée lui tombait sur les yeux et il baissait sa monture de la main droite en me voyant venir à lui.
Tout cela me paraissait trop bizarre, trop absurde. Et si c’était vrai ? Et si le temps était passé si rapidement ? Et si tout ce que je venais de voir dans la boite était en fait mon passé, même si pour moi j’étais entrain de voyager dans le futur ? Et si la chronologie du temps n’avait plus aucun sens et que le passé et le futur n’en faisaient plus qu’un ?
Je ne comprenais absolument plus rien. J’étais totalement désorienté, et la courte distance qui me séparait du vieux de la chaise longue semblait s’étendre à l’infini. En me dirigeant vers lui, j’étais terrifié par l’idée que les hypothèses que j’étais entrain d’émettre allaient bientôt être vérifiées. Je me disais en fait que le vieil homme était lui-même le brocanteur et que plus de quarante années s’étaient… écoulées sans que je m’en rende compte. Il n’y avait plus qu’à vérifier. Il y avait juste à côté de moi, dans un angle de la pièce, une glace où je pouvais contempler mon propre portrait ; il suffisait de la consulter pour s’assurer une fois pour toute, mais j’hésitais à l’approcher tant j’avais peur d’y voir une vieille carcasse usée par le temps.
- Où est le propriétaire des lieux ? Demandai-je.
- Eh bien ! Je suis le propriétaire. Me répondit l’homme avec un accent que je reconnaissais.
- Ne me dites surtout pas que…. !
L’homme se leva, baissa encore davantage ses lunettes, me scruta un moment et s’exclama :
- Ne me dites surtout pas que…… !


13 /09/2008
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Corynn
Prix Goncourt


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Date d'inscription : 07/04/2008

MessageSujet: Re: la boite   Dim 19 Avr - 23:03

cheers Oh la la ! Quelle chute Laughing Laughing Laughing Je ne m'y attendais vraiment pas !!! C'est excellent Very Happy

On dit que la curiosité est un vilain défaut, et bien là, elle a fait perdre pas mal d'année au petit curieux !

Merci Zoh pour cette très sympathique histoire !
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la boite
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