La lampe de Chevet

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 Je me présente

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kd_zoh
Elève
Elève


Nombre de messages : 13
Date d'inscription : 12/04/2009

MessageSujet: Re: Je me présente   Sam 18 Avr - 20:50

Ça, c'est un rêve bien de chez-nous:






Rendez-vous au paradis (1ère partie)






A plus de soixante-quinze ans,
« Si Slimane » n’a rien perdu de sa lucidité, ni de sa vigueur. Il
semble ignorer le crépuscule de la vie. Il est toujours cet homme robuste, dont
le corps est très bien entretenu avec, même, une touche de jeunesse dans la
stature bien droite et le regard pétillant. Et en dépit des rides qui ont déjà
envahi son visage et de ses cheveux qui sont presque tous blancs, il a gardé
l’âme fraîche. IL refuse de s’appuyer sur une canne pour se déplacer comme le
font les vieux de son âge. « C’est trop tôt, disait-il souvent pour
plaisanter. » On dit qu’étant jeune, il avait la force de trois hommes
réunis, et que l’arbre le plus solide ne résistait pas à sa hache et à la force
de ses bras. On raconte même qu’il a accompli le pèlerinage aux lieux saints en
se fiant à la seule force de ses jambes.


« Si Slimane » est presque un
saint. Sa sagesse, sa droiture, sa piété et la noblesse de son âme lui ont valu
respect et considération de la part de tous ceux qui ont eu la chance de
l’approcher. Sa vie, il l’a consacrée à la méditation et au service de sa
communauté. Il est toujours là quand on a besoin de la justesse de son jugement
ou de ses précieux conseils. Aussi fait-on appel à lui pour le partage de l’héritage,
la répartition des horaires d’irrigation ou le règlement des rares différends
qui peuvent éclater de temps en temps entre les habitants du village. C’est lui
aussi qui officie les cérémonies de mariage et qui répudie quand il n’est plus
possible de continuer à vivre ensemble. Et c’est encore lui qui concilie maris
et femmes ou parents et enfants.



Jeunes et moins jeunes n’hésitent pas à lui demander conseil quand il
s’agit d’entreprendre un projet important ou si quelqu’un prétend au mariage de leur fille.
« N’est jamais déçu celui qui consulte Si Slimane », entend-on dire
au village.



Le reste du temps, il est plongé dans l’adoration. Les heures de retraite
dans la mosquée ou ce qu’il appelle « la part de dieu », sont ses
moments préférés. Et ne sont-ce ses obligations envers les hommes, il préfère
se retirer loin des regards et du bruit pour se ressourcer en faisant des
prières ou en récitant des versets du coran. Quelques randonnées en montagne,
au bord de la rivière ou dans les bois ne lui sont guère étrangères. Il
profite, en effet, des quelques moments de répit pour aller harmoniser son âme
avec les sons et les images de la nature.



Si Slimane est un homme heureux. Il ne demande pas à la vie plus que ce
qu’elle lui a donné. « A quoi servirait l’argent ? disait-il. Le pain
d’orge et l’huile d’olive me conviennent très bien ; je m’en régale. Mes
deux gandouras et mon burnous me suffisent. Les voyages ? Je vole tous les
jours avec mon esprit dans les cieux pour aller plus loin que peuvent voler les
oiseaux. L’amour ? Ca ne s’achète pas avec de l’argent. Je suis, certes,
privé d’une grande famille, d’enfants mâles, mais tous les garçons du village
sont mes fils, et je sens que je suis
l’homme le plus entouré d’amour et de tendresse ; ma vie en
déborde ».



Cependant, un seul détail vient troubler la vie paisible et bien rangée
de Si Slimane : sa fille unique Chafia. Elle est maintenant presque une
femme, mais plus elle grandit, plus il s’inquiète pour elle. Elle venait de
naître quand sa mère mourut suite à une
maladie qui l’avait rendue à la peau et aux os. Si Slimane n’a ménagé aucun
effort pour soutenir sa femme dans sa lutte contre la mort. Les gens parlent
encore de cet amour pur, grandiose qui a accompagné cette femme jusque dans sa
dernière demeure. Et depuis, c’est Si Slimane qui s’occupe de sa petite fille. Elle est toute sa famille ; elle est le
souvenir de sa femme pour laquelle il a voué un amour sans limites, presque
légendaire ; sa compagne de plus de trente ans de bonheur, qui a su être à ses côtés dans les moments
difficiles, et qui l’a soutenu dans ses peines. Si Slimane a su être, lui
aussi, l’homme fidèle, qui s’offre corps et âme à son ange, à sa dulcinée qui est restée la
seule femme de sa vie même si elle n’a pas su lui offrir une progéniture qui
aurait amplifié encore davantage son bonheur. Pendant plus de trente années, Si
Slimane n’a pas perdu l’espoir de voir sa femme enfin enceinte, et remplir leur
petite maison calme et ordonnée de bruit et de mouvement de bambins. Plus d’une
fois, Akila qui sentait cette envie, cet instinct naturel chez son mari, et
dont aucun médecin n’avait certifié qu’elle était stérile, a supplié Si Slimane
de se remarier. Et chaque fois celui-ci se mettait en colère, répondant à sa
femme qu’il accepterait son destin et qu’il préférerait mourir plutôt que lui
faire partager son lit avec une autre femme. Et au moment où Akila donnait la
vie à une jolie poupée, elle était entrain de s’éteindre à jamais. On eut dit
qu’elle ne supportait pas l’idée de partager l’amour de son mari avec une autre,
fut-ce sa propre fille. Elle disparaissait de la vie de Si Slimane comme si le
toit qui les avait réunis pendant un tiers de siècle était incapable d’abriter
plus de deux personnes. Elle a préféré, elle qui était maintenant vieillissante,
céder sa place à cette nouvelle venue à qui elle a confié la dure tâche
d’éterniser le bonheur de son bien-aimé. Et Akila, grande femme qu’elle fut,
était entrain de faire son dernier sacrifice en faisant don de sa propre âme à une
autre personne qui put offrir à Si Slimane ce que, elle-même, était incapable
de donner.



N’était-ce la venue au monde d’une petite
fille adorable qui ressemblait fort bien à Akila, le temps s’était arrêté pour
Si Slimane après la mort de l’être le plus cher pour lui. Et plus la fille
grandissait, les ressemblances avec sa
mère sont plus marquées : une silhouette délicate qui semble emportée par
le vent. Un visage angélique dont les traits semblent l’œuvre d’un fin artiste épris
du moindre détail. Moralement aussi,
Chafia a hérité de sa mère sa bonté, sa grandeur et sa noblesse d’âme. Si
Slimane voyait en elle la fille qu’il avait tant espérée mais aussi l’être
qu’il ne parvenait pas à effacer de sa mémoire : Akila. Il l’aimait plus
que tout au monde, et ses nombreuses obligations ne l’ont pas empêché de
s’occuper d’elle et de veiller à son éducation si bien qu’il n’a même pas songé
à se remarier…



Les années ont passé, et Chafia
est aujourd’hui une grande fille. Dix huit ans se sont déjà écoulés depuis la
mort de Akila, de longues années qui ont vu vieillir Si Slimane sans pour
autant trop user sa santé ni avoir raison de sa ténacité ni de son courage, et
pendant lesquelles grandissait, sous son regard bienveillant, sa fille
bien-aimée, façonnée par ses mains avec la plus grande minutie. Si Slimane a su
prodiguer à sa fille unique tout son amour et sa tendresse. Aussi, l’absence de
la mère ne l’a-t-elle pas trop fait souffrir. Il a su prendre soin d’elle et la
protéger. Il a su jouer le rôle du père mais aussi celui de la mère qu’elle n’a
pas eu la chance de connaître. Il a fait de son foyer un petit paradis dans
lequel évoluait Chafia comme un petit ange. Il a su faire d’elle une femme, une
vraie, débordante de féminité, de douceur, de tendresse, mais aussi de courage
et de patience. La femme toujours prête à donner le meilleur d’elle-même mais
jamais son honneur ; qui tient fortement à sa pudeur et croit que c’est la
meilleure chose qu’on puisse posséder.



Si Slimane est heureux de voir s’épanouir sa fille comme une fleur dans
le pré ; il constate, jour après jour, que ses efforts de faire d’elle un
joyau n’ont pas été vains. Mais si Chafia ne s’est jamais plainte de sa
condition, son père est très sensible à ce sentiment de solitude qu’elle doit
ressentir. Certes, elle va de temps en temps rendre visite à ses cousines ou
les reçoit chez elle, mais elle passe la plupart de son temps, seule, à la maison.
Si Slimane a pitié de sa petite fille chérie, mais que peut-il faire pour
l’enlever à sa solitude ?



Aujourd’hui, merveilleuse journée du mois d’octobre, un soleil doux
succédant à une semaine de vent et de pluie, fait son apparition dans le ciel.
L’automne ne s’est jamais annoncé aussi beau et l’on peut lire la joie sur
tous les visages. Un air de fête règne sur le village : c’est aujourd’hui
que commence la campagne de la cueillette des olives. La tradition veut que
toutes les femmes sortent ensemble dans les vergers en chantant en chœur des
airs pleins de gaieté, alors que les hommes
restent au village accomplissant toutes les tâches entreprises
d’habitude par les femmes. Celles-ci passent toute la journée à cueillir les
olives et ne rentrent qu’à l’heure du couchant annonçant leur retour par des
chants sublimes. Le dîner leur est servi et leur lit est déjà préparé. Un égard
particulier leur est réservé. Le même rituel dure plusieurs jours jusqu’à ce
que tous les oliviers soient dégarnis.



Ce matin, Chafia s’est
levée très tôt. Elle prépare le petit déjeuner de son père de retour de la
mosquée après l’accomplissement de la prière de l’aube, met ses bottes et prend la longue canne qui va
lui permettre d’atteindre les plus hautes branches de l’olivier. Son père se
réjouit de la voir manifester tant de joie ; il l’aide à mettre son manger
dans le panier puis l’accompagne devant la porte où l’attendent déjà ses deux
cousines…



Le travail est dur, mais Chafia, qui a l’habitude des tâches ménagères,
le fait avec beaucoup d’enthousiasme. Elle n’est pas du genre à se
plaindre ; elle est plutôt du genre à endurer son mal en silence. Elle a
ce pouvoir magique de transformer la douleur en gaieté et de transmettre cette
gaieté à son entourage. Du coup, toutes les jeunes filles du village aiment à la
côtoyer.



Le travail se fait donc dans la liesse, et l’on oublie le temps qui
passe au point d’oublier le manger jusqu’au moment où une vieille femme s’écrie
en plaisantant : « Je ne veux pas crever de faim, frêle que je
suis, au milieu de ces jeunes filles pleines de vie ! »



Un éclat de rire retentit dans tous les coins du verger, puis chacune a droit
à un petit festin suivi d’un peu de repos.



Chafia choisit, pour se reposer, l’ombre propice de l’olivier que sa
grand-mère avait planté il y a très longtemps, et où sa mère venait très
souvent passer de longues heures de rêve et de méditation. C’est son père qui
lui a parlé de cet olivier centenaire auprès duquel elle éprouve des sentiments
très profonds qu’elle ne ressent pas ailleurs…



Elle est sur un nuage blanc qui voyage entre ciel et terre obéissant à
ses pensées, ignorant les frontières et se moquant des hauteurs. Elle vole dans
tous les sens sans qu’un obstacle vienne se mettre en travers de son chemin.
Elle ordonne à son nuage d’aller tout droit, de tourner en rond, de monter, de
descendre, d’accélérer, de ralentir, de tracer des formes complexes dans le
ciel. Des formes qu’il suffit d’imaginer puis laisser le nuage faire le reste.
Une hirondelle passe à côté, lève délicatement son aile pour la saluer ;
elle esquisse un joli sourire et tend la main pour caresser son plumage. Un paysage
apparaissant au loin, sur terre, derrière la brume épaisse semble l’attirer
vers lui. Une musique ensorcelante y provenant envahit l’espace comme pour lui
souhaiter la bienvenue. Elle ne peut résister au charme de cet endroit magique,
et, l’espace d’un petit instant, elle est là entrain de survoler une petite
maison parmi l’avoine folle voyageant comme un papillon, d’une fleur à une
autre au milieu de toutes ces couleurs qui sont l’arc-en-ciel de cet éden.



La petite maison a une apparence ordinaire ; elle témoigne même de
l’humilité de la vie à l’intérieur ; cependant, elle semble abriter un
secret millénaire entre ses murs : Chafia perçoit encore cette mélodie
angélique qui transperce les murs de la maison pour venir s’installer dans son
oreille. Elle décrypte un message d’amour et de tendresse emporté par le vent
et emplissant son cœur. Elle berce dans son nuage au rythme de la musique qui
s’amplifie maintenant, comme si sa source avait senti la présence d’une jolie
fille sur un nuage blanc, complètement envoûtée.



La porte de la maison s’ouvre. Quelques secondes passent avant qu’une
silhouette traverse le seuil de la porte. C’est un jeune homme de taille
moyenne, d’assez forte corpulence, qui semble bien appuyé sur ses jambes tant
il marche bien droit sans le moindre vacillement. Chafia, bien installée sur
son nuage, suit du regard l’homme qui se dirige maintenant vers un coin du
jardin où un joli rosier planté en surélévation semble régner en maître sur les
lieux. La jeune fille ressent un profond désir de voir, de plus près, cet
inconnu qui, à l’instant, lui fait oublier toute la beauté qui l’entoure. Elle
s’approche, tente d’explorer son visage, et l’homme, sentant une présence
bienfaisante, se tourne tout à coup comme voulant offrir la rose qu’il vient de
cueillir, lève la tête et son regard rencontre celui de cette fée portée par un
nuage blanc à quelques mètres au-dessus de sa tête. Les deux regards se
croisent, et une lumière jaillit……
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Corynn
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MessageSujet: Re: Je me présente   Dim 19 Avr - 8:28

La suite, la suite, la suite.... cheers
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kd_zoh
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MessageSujet: Re: Je me présente   Dim 19 Avr - 9:40

La suite.... La voilà:





- Lève-toi Chafia, lève-toi,
donc !



La jeune fille se lève. Elle vient de voir le plus beau rêve de sa vie,
mais aussi le plus mystérieux. Elle passe tout l’après-midi à se rappeler le
visage de cet inconnu qu’elle a juste eu le temps d’entrevoir. Sa cousine
aurait dû patienter encore un moment avant de la réveiller ; elle aurait
eu le temps d’imprimer son image dans sa mémoire.



La nuit, Chafia ne parvient pas à fermer l’œil ; elle passe en
revue son voyage sur le nuage blanc, la petite maison de campagne, et surtout
ce regard magique qu’elle n’a pas eu le temps de mémoriser.



Le lendemain, elle attend avec impatience le moment de la pause pour
aller prendre un petit somme à l’ombre de l’olivier. Elle ne tarde pas à fermer
l’œil sous le regard bienveillant d’un chardonneret perché sur une branche
chantant sa plus belle mélodie…..



Cette fois, emportée par le
courant, elle descend la rivière furieuse avec une vitesse vertigineuse. L’eau,
d’une violence inouïe, se joue de son corps frêle tantôt immergé, tantôt
flottant comme une feuille emportée par la crue. Elle se défend, tente de nager
pour atteindre la berge, mais le courant est plus fort que ses bras si
délicats, et la volonté des démons de la rivière à l’envoyer à trépas semble
l’emporter sur toutes les forces bienfaisantes de la vie. Elle a peur, très
peur. Elle ne veut pas mourir. Elle n’a jamais ressenti autant d’attachement à
la vie, mais elle n’y peut rien contre la force extraordinaire de la mort. Et,
perdant tout espoir de regagner la rive, elle se laisse emporter par ce courant
mortel qui s’acharne sur elle comme une bête féroce assoiffée de sang. Elle
ferme les yeux pour éviter de voir le visage sinistre de la mort. Soudain, une
main surgit du néant, et, d’un geste aussi spontané que doux, la tire de l’eau.
Les yeux encore fermés, elle ne sent plus la fraîcheur de l’eau, mais la
chaleur du bras qui entoure sa ceinture. Elle ouvre les yeux, et c’est le
visage du jeune homme de la petite maison de campagne contre le sien. Et c’est
ce regard plein de secret qu’elle reconnaît…



- Chafia ! Mon petit bébé ! Mais qu’est-ce que tu as à dormir comme
ça ?



- J’ai vu un rêve, Tante Aida.



- J’espère qu’il est beau au moins!



- Oh, vraiment beau!



Le soir, Si Slimane est là, comme d’habitude, au seuil de la porte à
attendre le retour de sa fille. Il est content de lui annoncer l’arrivée de son
oncle Rabah. Rabah
est le cousin de Si Slimane. Il habite en ville avec sa famille. Si Slimane
parle de lui très souvent. Il garde toujours les mêmes sentiments pour lui en
dépit de la distance qui les sépare et l’absence qui a trop duré. Il n’omet
jamais de rappeler que tous les deux, ils ont grandi ensemble, et que la
décision de Rabah de quitter le village, un certain jour d’automne, était aussi
pénible pour lui que la mort d’Akila. Depuis, il n’est plus revenu au village.
Toutefois, les deux cousins ont gardé le contact pendant toutes ces longues
années.



Si Slimane ne peut cacher sa joie d’accueillir un être aussi cher, et il
sait que sa fille n’en sera pas moins contente. Rabah va venir, avec sa femme
demain, pour passer quelques jours chez eux, et ils seront certainement
accompagnés de leurs deux enfants, la fille qui a l’age de Chafia et son frère
aîné…



Ce matin, Chafia s’est levée avant la prière de l’aube ; elle
laisse cuire à petit feu la soupe qu’elle vient de préparer, et s’en va
nettoyer tous les recoins de la maison jusqu’au jardin. La maison n’a jamais
semblé aussi gaie et Si Slimane est heureux de voir sa fille comblée de joie. En
effet, elle est impatiente de revoir son oncle après tant d’années d'absence
ainsi que sa tante Tassadit. Elle se rappelle encore d’elle comme d’une mère
qui l’a nourrie de son sang et qui s’est occupée d’elle comme sa propre fille.
Le jour où la femme de Si Slimane était entrain de donner la vie à Chafia, la
femme de son cousin accouchait d’une adorable petite fille, Djohra. Les deux
filles « jumelles » ont vécu ensuite sous le même toit, comme deux
vraies sœurs jusqu’au jour où le destin obligeât Rabah à s’exiler en
ville. Si Slimane n’a jamais évoqué les raisons qui avaient poussé son cousin à
partir.



Chafia a longtemps attendu le jour où elle pourrait enfin serrer sa sœur
contre elle et l’embrasser comme elle faisait autrefois.



Elle vient de sortir la dernière galette du feu, quand des voix
s’élèvent devant la porte. Elle reconnaît celle de son père, puis une autre qui
la renvoie des années en arrière quand elle était toute petite et que son oncle
les taquinait sa cousine et elle. Chafia ouvre la porte, et c’est d’abord sa
tante Tassadit qui l’enchante par son regard doux. Elle est maintenant une
vieille femme mais elle a gardé les mêmes traits et surtout un sourire frais
comme le jour. Chafia se jette sur elle et l’embrasse en versant des larmes de
joie et de douleur. Elle se tourne ensuite pour admirer cette jolie demoiselle
qui est déjà à l’intérieur de la maison entrain de l’examiner avec un large
sourire aux lèvres. Elle tire ses deux oreilles avec ses mains et fait une
grimace et sa cousine en fait de même pour se rappeler les jeux de l’enfance,
et c’est un éclat de rire qui retentit dans toute la maison suivi de larmes
d’émotion et de longues accolades. Rabah s’approche ensuite, lui prend
délicatement la tête entre ses deux mains et l’embrasse sur le front :



- Regardez-moi cette jolie demoiselle, comme elle a grandi.



- Elle est le portrait craché de sa mère ! s’exclame Tassadit en
l’arrachant à Rabah et l’embrassant sur la joue.



Plus tard, dans la grande salle aménagée en salle à manger, la réunion
familiale est une occasion pour plonger avec beaucoup de plaisir dans de
profonds souvenirs.



Sirotant son thé après un festin
soigneusement préparé par Chafia, Si Slimane s’enquit de Brahim, l’aîné de
Rabah.



- Vois-tu ces jeunes ! Il a préféré effectuer le voyage en
compagnie de sa nouvelle mariée. Ils seraient probablement là dans quelques
instants.


Rabah n’a pas fini ses propos que
l’on entend frapper à la porte. Si Slimane s’en va ouvrir. Une jeune femme
vêtue à la mode de la ville, fait son apparition dans la salle, alors que la
voix de Brahim saluant son oncle se fait entendre au dehors. La belle citadine
salue délicatement Chafia et prend place à côté de Tassadit qui invite sa bru à
s’asseoir.



Brahim fait son apparition ensuite, et Chafia, les yeux fixés au sol,
lève timidement la tête pour saluer son cousin…Les deux regards se croisent et
Si Slimane allume la lumière dans la salle à manger obscurcie tout à coup par
de grosses nuées qui commencent à se former au dehors…….C’est à peine croyable !
C’est lui. Sans l’ombre d’un doute. Elle ne peut pas se tromper, c’est bien
lui, l’homme qu’elle a vu dans ses rêves. Il est là devant elle en chair et en
os. Elle est tétanisée et n’arrive plus à détourner le regard, elle qui n’osait
même pas regarder un homme en face. Le jeune homme, quant à lui, donne
l’impression de quelqu’un qui sort d’un rêve. Il reste perplexe pendant un laps
de temps scrutant le visage de sa cousine avec un vif étonnement. Un silence
glacial envahit la salle pendant un petit moment. Et Rabah, ne comprenant pas
trop l’attitude des deux jeunes, et comme voulant réchauffer l’atmosphère, fait
remarquer de sa voix rauque :



- C’est bien long dix huit ans, heu !



-L’émotion des retrouvailles ! réplique Tassadit qui semble un peu
embarrassée par l’attitude inhabituelle de son fils.



Brahim prend place à côté de son oncle et plonge dans un profond silence…


Une semaine de présence permanente de
cet homme dans la vie de Chafia a suffit pour que naisse dans son cœur un
sentiment aussi violent que délicieux, un sentiment qu’elle n’avait jamais eu
auparavant.



L’homme de la petite maison de campagne n’était qu’un joli rêve dans
lequel la fille de Si Slimane avait trouvé une aubaine pour rompre la monotonie
dans laquelle elle vivait. Mais maintenant qu’il est là, plein de vie à évoluer
matin et soir, sous son propre toit ; maintenant qu’elle est assiégée par
ce regard magique qui ne cesse de la harceler tendrement dans tous les recoins
de la maison et du verger, elle ne peut que capituler devant toute la puissance
et la majesté de cette armée nommée l’amour. Chafia sent grandir en elle ce
sentiment naissant, mystérieux en fait, car elle est à la fois heureuse de
sentir la présence de Brahim, de croiser discrètement son regard, et
malheureuse de constater que cet homme appartient à une autre femme, que la
distance qui les sépare est aussi grande que celle qui sépare le rêve de la
réalité, qu’il ne serait plus là dans quelques jours et qu’elle ne pourrait peut-être
plus jamais le revoir. Elle se tord à l’idée d’ouvrir les yeux un matin et ne
pas voir cette silhouette à laquelle elle s’est très vite habituée et au rythme
de laquelle son cœur bat.



Un grand amour est né dans le petit cœur de cet ange. Un amour tellement
puissant dont un cœur aussi fragile que celui de Chafia ne pourrait supporter
le poids. Un sentiment tellement pur et tellement saint que la jeune fille
voudrait le partager avec toutes les filles du monde.



Chafia sait que son amour est sans lendemain : Brahim est un homme
marié, et espérer l’avoir à elle serait une utopie. Elle profite donc de chaque
minute qui passe pour se désaltérer de son visage, de sa voix, de son odeur.



Chafia, n’a jamais connu un garçon auparavant, et voilà que le premier
homme qui apparaît dans sa vie n’est en fait qu’un mirage et ne peut exister
que dans ses rêves. Elle s’est toujours satisfaite de sa condition et ne s’est
jamais plainte, et le jour où un espoir est entrain de naître dans sa vie, ce jour
même, elle voit mourir cruellement cet espoir naissant.



Elle est heureuse de voir l’amour qui jaillit des yeux de Brahim, mais
elle est malheureuse de constater combien cet amour est négligeable devant la
volonté extraordinaire du sort. Elle serait plus malheureuse encore si elle
bâtissait son bonheur sur l’infidélité ou sur le malheur d’une autre personne.
Aussi, se résigne-t-elle à subir son sort comme elle l’a toujours fait :
elle se contente d’aimer Brahim de toutes ses forces et se sentir aimée par
lui, sans rien d’autre.



La semaine de vacances arrive à son terme. Rabah et sa famille repartent
aujourd’hui en ville avec des promesses de revenir au printemps. Les adieux se
font avec autant d’émotions que les retrouvailles dans le petit jardin qui
entoure la maison. Chafia souffre comme elle ne l’a jamais fait. Elle tente de
regarder une dernière fois Brahim en face, mais elle n’y parvient pas à cause
du regard inquisiteur de sa femme. Tout ce qu’elle obtient de lui, cependant,
avant son départ, c’est un petit regard furtif suivi d’un chuchotement dans
l’oreille : « la petite maison, la rivière… »



Si Slimane, qui a une grande expérience de la vie, a très vite compris
ce qui se passe dans le cœur de sa fille, cependant il préfère ne pas
intervenir, ayant confiance en la sagesse et le bon jugement de Chafia. Aussi,
suit-il le cours des événements, prêt à intervenir quand c’est nécessaire…



Le dernier jour de la cueillette des olives arrive ; c’est une
journée particulière pour les habitants du village, mais pour Chafia, tous les
jours se ressemblent désormais depuis le départ de Brahim. Et ce qui l’incite à
se rendre au verger, c’est seulement cette volonté d’aller rêver à l’ombre de
son olivier préféré…



C’est une belle journée printanière. Elle est là sous l’olivier. Brahim
arrive comme promis, vêtu de son burnous blanc. Il s’approche d’elle,
s’approche encore jusqu’à ce qu’elle sent son haleine ; il tente de
l’embrasser sur le front mais elle le repousse tendrement : « Vois-tu,
Brahim, ces oiseaux dans le ciel ! Ils chantent la mélodie de notre amour.
Vois-tu toutes ces fleurs dans le pré ! Elles sont l’image de notre
amour ; ces senteurs agréables qui emplissent l’univers ! Elles
émanent de notre amour. Veux-tu que tout cela cesse ? Que tout cela
disparaisse ? Que tout cela se dissoute dans le néant à cause d’un petit
geste d’infidélité presque insignifiant ? Je voudrais te garder pour moi,
serait-ce dans mes rêves plutôt que te perdre à jamais. Sais-tu, Brahim, ce qui
nourrit notre amour, ce qui le rend éternel ? C’est sa pureté, c’est la
vertu dont il est l’émanation. Conservons cette pureté et glorifions la vertu
pour que s’étende notre amour au-delà même de cette vie, pour qu’il transperce
les limites du temps et soit conté aux générations futures. Je voudrais tant
caresser ta peau si douce et sentir ta main caresser la mienne, sentir ton
haleine, mais tout en étant ta femme, sans avoir l'impression d'être une
voleuse et sans ce sentiment de culpabilité de jouir d’un bien qui n’est pas le
mien. Je me résigne donc à endurer mon mal et à enfouir mon amour au plus
profond de moi-même espérant être récompensée un jour pour tant de sacrifice.



Il est écrit, le sais-tu Brahim, que les bienheureux auront le privilège
de choisir leur conjoint au paradis ? Je sacrifie toute ma vie espérant
être celle que tu choisiras là-bas. Rendez-vous donc au paradis… »



- Mais qu’est-ce que tu as à
pleurnicher comme ça mon petit ange ? Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…..



C’est en fait le dernier rêve de Chafia car elle ne se réveille plus.


Février 2008-02-17
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Corynn
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MessageSujet: Re: Je me présente   Dim 19 Avr - 11:04

L'amour jusqu'au sacrifice. C'est à la fois rare, très beau, très triste et plein d'espoir. La vie réserve parfois des surprises comme ça, quand on arrive juste un petit peu trop tard.

Je trouve bien que Chafia s'endorme à jamais, car comment et pourquoi vivre avec un amour impossible ? Mais je trouve ça triste pour Si Slimane qui, pour le coup, perd la femme aimée pour la seconde fois.

Il y a beaucoup de douceur dans ton texte Zoh, et placé comme il est dans son contexte, il décrit une bien belle histoire.

Bravo !
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Maddy
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MessageSujet: Re: Je me présente   Dim 19 Avr - 12:36

Félicitations pour tous ces textes, Zoh, ils sont vraiment très bien écrits (j'ai particulièrement aimé la dernière histoire). J'espère que tu arriveras à faire éditer ton recueil !
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MessageSujet: Re: Je me présente   Aujourd'hui à 3:07

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Je me présente
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